Cheminements, Le paysage comme terrain de jeux

Susanna Majuri, Cyrille Weiner, Arno Fabre et les élèves du Lycée agricole de Mirande
26.04 > 01.06.2008

Susanna Majuri, Gudrun, 2007

 

Dans les rues et sur les chemins d’Avezan, Arno Fabre collera des affiches, installera une pièce sonore dans une maisonnette en plein champ et, dans une maison abandonnée au centre du village, des photographies de la série Contre-nature, Lois et paysages : “Témoin de l’histoire autant que révélateur des orientations et des contradictions contemporaines, le paysage est le reflet de la société qui l’habite. Contre-nature se propose, en associant photographies et textes de lois, d’exprimer les différents regards que nous portons, en France, sur le territoire, avec ses ambiguïtés, ses oppositions et toujours avec le même bonheur face à l’herbe folle qui se faufile.” (Arno Fabre).

Un pigeonnier de l’Isle-Bouzon accueillera une série photographique inédite de Cyrille WeinerLe ban des utopies : “Dans un monde en construction-déconstruction, un groupe d’êtres humains s’agrège, traverse des espaces hors de la norme et hors du temps. Ils franchissent les clôtures, jouissent d’un coin de nature folle ou de béton. En quête d’une appropriation et d’un rassemblement possible là où on ne l’attend pas.

Dans la salle d’exposition rénovée de Miradoux seront présentées les photographies de l’artiste finlandaise Susanna Majuri, dont les tableaux poétiques concrétisent les rêveries d’une jeune fille. L’instantané photographique laisse toujours en suspens, entre drame et amusement, les histoires que suggèrent la gestuelle de la jeune fille et son inscription dans le paysage. “Je veux montrer que le fantastique est présent dans tout ce qui nous entoure. La fiction est intimement liée à notre vie. L’imaginaire est bel et bien une réalité”.

Des élèves du lycée agricole de Mirande investiront les salles du Centre de photographie de Lectoure avec l’exposition collective Circuler, orienter, partager, composée d’œuvres choisies par leurs soins dans six collections publiques sur le thème “Le paysage comme terrain de jeu”. Ce projet est réalisé dans le cadre du programme “Hors les murs” avec le soutien de la DRAC et de la DRAF Midi-Pyrénées.

Les vernissages des expositions le 26 avril s’accompagneront d’une randonnée d’Avezan à l’Isle-Bouzon, avec des musiciens et un repas champêtre. Patrick Degeorges, philosophe, dialoguera avec les artistes sur le site de chaque exposition.
Le 24 mai, les “Promenades préparées” de la chorégraphe Patricia Ferrara alterneront avec une randonnée autour d’Avezan.
En Savès, dans le sud du Pays Portes de Gascogne, l’artiste plasticienne Babeth Rambault animera pendant les vacances de printemps un atelier de photo pour les jeunes du Foyer rural de Samatan, qui se livreront à des investigations facétieuses pour explorer tout l’espace de la médiathèque et imaginer, en mauvaise herbe, des situations insolites dans les zones laissées vacantes par l’alphabet.
Le 1er mai, une promenade aux flambeaux révélera les chefs d’œuvre exposés pour un soir le long de la Save par des artistes amateurs du Savès.  

Cheminements est un dispositif mis en œuvre par le Centre de photographie de Lectoure pour sensibiliser la population environnante à la photographie et à l’art contemporain, promouvoir et soutenir la création artistique. Plus spécifiquement, Cheminements a pour objectifs d’irriguer culturellement le territoire du Pays et de permettre à différentes catégories de publics de se rencontrer en participant à une même manifestation. Enfin, il est le fruit du travail collectif d’acteurs locaux de plus en plus nombreux à qui il donne l’occasion de se connaître et d’œuvrer ensemble. Cette dimension collective est dynamisante et structurante pour une animation culturelle durable du Pays Portes de Gascogne.

Cheminements est organisé par le Centre de photographie de Lectoure en collaboration avec Camin’art, l’association Culture Portes de Gascogne, le Foyer rural de Samatan, le Conseil intercommunal des jeunes du Savès, le Syndicat d’initiative de Lombez, l’Office de tourisme de Samatan,
En partenariat avec le Pays Portes de Gascogne, le Forum de l’image, les communes d’Avezan, de l’Isle-Bouzon, de Miradoux, de Samatan, les communautés de communes du Savès et du Cœur de Lomagne.
Avec le concours de Culturesfrance, Fonds national d’art contemporain,Collection publique d’art contemporain du Conseil général de la Seine-Saint-Denis, Frac Aquitaine, Basse-Normandie, Bretagne, artothèque de Vitré, ADDA 32, Asta’Drôle, Circuits – scène conventionnée pour les arts du cirque, Panosol’, entreprise spécialiste en énergie solaire, Moleskine – Special Editions and Publishing, Picto Touluse.
Cheminements reçoit le soutien du Conseil régional Midi-Pyrénées et du Conseil général du Gers.
Remerciements : Comités de fête d’Avezan et de l’Isle-Bouzon, Gérard Dubarry.


Suzanne Majuri – Histoires de cœur
à Miradoux 

Susanna Majuri, Farevel Kanal, 2005

Les photos de Susanna Majuri semblent extraites de films qui restent à raconter. Les courtes histoires qu’elles évoquent mettent en scène un personnage seul, généralement une jeune femme, dont le visage est caché, et qui donne la nette impression d’être perdu, à la recherche de quelque chose d’introuvable, noyé dans sa solitude au sein d’une nature qui joue le rôle d’un autre personnage.

La surface de l’eau en perpétuel changement, tantôt calme comme un voile de soie, tantôt ridée par une tempête qui fait rage dans les profondeurs, donne aux différentes scènes une ambiance changeante entre tranquillité et danger soudain. Les couleurs vives, rouges et bleus intenses, qui contrastent avec les tons doux couleur terre de l’arrière-plan, expriment les sentiments les plus profonds de l’artiste.

“J’ai besoin de la présence de la couleur. L’eau est couleur et transforme tout ce qui l’effleure. J’ai besoin de donner vie à mon monde intérieur. L’imagination ne demande qu’à prendre visibilité et forme. C’est ce que je peins ici. J’ai besoin de cette personne précise, de cet endroit, de l’eau, de ce contact”.

Dans le droit fil de cette confession intime, Susanna Majuri crée pour ses personnages des ambiances et des situations singulières, étranges ou même surréalistes. Ses images sont empreintes de ce qui peut se produire, laissant le spectateur imaginer ce qui existe au-delà du cadre tout en lui donnant l’impression que lui parviennent des bribes d’une très longue histoire. Susanna Majuri suggère de multiples scénarios chargés de psychologie et de symboles. “Je veux montrer que le fantastique est tout près de nous. La fiction est intimement liée à la vie. L’imaginaire est une réalité”.

Susanna Majuri est représentée par les galeries La Ferronnerie (Paris), Hippolyte Photographic (Helsinki), Adler (New York).
Exposition réalisée en partenariat avec le Forum de l’Image (Toulouse), dans le cadre du festival 100% Finlandeorganisé par Culturesfrance.


Cyrille Weiner – Le ban
à l’Isle-Bouzon 

Cyrille Weiner, Le ban, 2007

Je questionne l’appropriation des espaces, l’usage des lieux, en confrontant la planification des urbanistes et des politiques avec les expériences individuelles, intimes qui sont associées à ces lieux. C’est une manière d’interroger le partage du cadre de vie. La liberté aussi, puisque je privilégie les espaces qui échappent encore à la norme et au plan.

Les précédentes séries abordaient ces thèmes sur un mode documentaire. La narration et la fiction s’y mêlaient par la présentation en séquence, la mise en relation des images entre elles au sein d’un même ensemble. Cet aspect fait écho à la démarche de la prise de vue : un processus dynamique se met en place, tel un scénario cinématographique, où une image réalisée en appelle une autre, que je m’efforce de trouver dans le territoire que j’ai délimité au préalable. Une séquence se construit.

Pour Le ban, j’ai souhaité explorer la narration en proposant une fable poétique, une suite d’images allégoriques, des métaphores où l’ambivalence de l’avant et de l’après, la porosité du dedans et du dehors troublent nos repères et nos certitudes.

À l’origine de la production et de l’édition des images, il y a une trame fictionnelle : dans un monde d’avant / d’après une catastrophe, un monde en construction / déconstruction, un groupe d’hommes – nomades contemporains – s’agrège, traverse des espaces hors de la norme et hors du temps, franchit les clôtures. En quête d’une appropriation et d’un rassemblement possible là où on ne l’attend pas – sous une tente, sur une autoroute désaffectée, une parcelle de lande qui s’étire…

La catastrophe qui plane est un état de société : solitude de groupe, consommation et rentabilisation de l’espace. L’utopie est sous-jacente. L’errance est active.

Les images, prélevées dans des séries antérieures, se présentent hors contexte. La trame reste libre. C’est au lecteur de relier les images entre elles et d’imaginer son histoire, d’être nomade dans sa lecture et son interprétation. À ce rapport aux images répond un rapport nomade à l’espace. Initier une disponibilité à tous les coins de lieux et de non-lieux, tous les interstices délaissés. Vaincre la peur du ban, dé-fricher.

Mon implication n’est pas uniquement celle d’un observateur. À travers Le ban, je souhaite exprimer le rapport intime que j’entretiens avec les lieux traversés : recherche du sentiment de liberté là où la norme n’est pas encore, ou s’avère détournée ; là où l’espace s’étire et les clôtures tombent ; s’aider de tous les signes autour pour se projeter dans l’ailleurs et la fiction ; apprécier l’esthétique des friches.

C’est sur le terrain vague que le pique-nique est possible.

Exposition réalisée avec le concours de Panosol’, entreprise spécialiste en énergie solaire, et Moleskine – Special Editions and Publishing.


Arno Fabre – Contre-nature, lois et paysages
à Avezan 

Arno Fabre. Contre nature, 2002

Le paysage est à la mode, il est partout.
Il est protégé, cultivé, vendu, visité, exploité, consommé, télévisé… et exposé.
Il est aussi le lieu de conflits d’intérêts, l’objet de convoitises fortes. Entre rendement agricole, terre d’aventure, repos idyllique, exploitation forestière, zone à construire, voie de communication, protection des espèces et des milieux, il est difficile de concilier le paysage de l’agriculteur, avec celui du marcheur, de l’urbaniste, ou celui du promoteur. Il faut alors en réglementer la jouissance.

Le mot “paysage”, éminemment affectif et culturel, apparaît donc maintenant dans le texte législatif, tout particulièrement avec la récente création du Code de l’environnement (sept. 2000). La loi oriente et crée le paysage ; directement, avec une conception esthétique, patrimoniale ou écologique ; ou indirectement, avec une approche économique et productive. Parfois, des lois anciennes qui ont profondément imprimé leurs transformations paysagères (cf. : la forêt Landaise créée sous Napoléon III) ; parfois des textes récents qui tentent de réparer les erreurs passées (plantation de haies après les excès du remembrement), ou encore des textes tournés vers “les générations futures”. Bien souvent, la relation entre le maintien du milieu rural, l’exploitation touristique et la conservation du patrimoine en est l’enjeu.

Témoin de l’histoire autant que révélateur des orientations et des contradictions contemporaines, le paysage est le reflet de la société qui l’habite. Contre-nature se propose, en associant photographies et textes de lois, d’exprimer les différents regards que nous portons, en France, sur le territoire, avec ses ambiguïtés, ses oppositions et toujours avec le même bonheur face à l’herbe folle qui se faufile. Le paysage est à l’honneur. Mer-montagne, rural-urbain, friches-jardins, il est partout.
Arno Fabre, juin 2002

“La récente série Contre-nature, Lois et paysagesd’Arno Fabre introduit, autour d’une thématique toujours liée à l’exploration de l’environnement dit naturel – et qui l’est justement si peu, comme le montrent ses images – une approche nouvelle, davantage critique et distanciée. Le choix des sites et la pertinence des cadrages répondent avec précision à la tradition du paysage défini comme étendue de terrain vue sous un seul aspect, tout en s’en démarquant par l’évitement de tout pittoresque. La confrontation ironique et perturbatrice avec les textes de loi qui gèrent et en partie génèrent le paysage confère à la relation texte / image une dimension réflexive et poétique. Ce travail se situe avec force dans le contexte très actuel des interrogations artistiques et plus précisément photographiques autour de la notion de paysage.”
Colette Garraud, Paris le 27 août 2002

Production Le Fresnoy, studio national des arts contemporains, 2002.


Circuler, partager, orienter
à Lectoure

Œuvres de Shimon Attie, Gabriele Basilico, Brigitte Bauer, Didier Ben Loulou, Arnaud Claass, Robin Collyer, Stéphane Couturier, Thibaut Cuisset, Raymond Depardon, Bertrand Desprez, Joël Ducorroy, George Dupin, Bernard Faucon, Pierre Faure, Lee Friedlander, Jean-Louis Garnell, Sophie Ristelhueber, Denis Roche, Jean-Pierre Sudre, Eric Van Straaten.

Cette exposition est l’œuvre d’une classe de première année de bac-pro “Conduite et gestion de l’exploitation agricole” du lycée agricole de Mirande. Elle s’inscrit dans un projet expérimental de sensibilisation à l’art contemporain. Durant un trimestre, les élèves ont choisi des œuvres dans les collections publiques sur le thème de Cheminements 2008 : “Le paysage comme terrain de jeux”. Des visites d’expositions et une résidence de l’artiste Paul Pouvreau au lycée ont complété cette action.

Pas plus que dans les autres expositions, le mot “jeux” n’est ici à prendre au sens d’amusement. Il désigne la diversité des actions de tous ordres qui peuvent interagir sur un territoire donné.

La physionomie de ce territoire – le paysage – est modelé par le type de relations que ces actions entretiennent entre elles : harmonieuses, complémentaires, compartimentées, conflictuelles… Les œuvres qui composent l’exposition en déclinent la gamme. Dans nombre d’entre elles, le paysage apparaît structuré par le partage, la division, entre pays (Ducorroy, Dupin) ou entre types d’activités (Basilico, Bauer, Depardon, Faure, Friedlander, Ben Loulou, Sudre…). D’autres révèlent des signes de transformation ou de bouleversement passés ou à venir (Attie, Claass, Roche, Van Straaten, Cuisset, Garnell). D’autres enfin ne sont que dévastation (Baltz, Ristelhueber).

Derrière ces différentes approches du paysage, c’est l’histoire du XXe siècle qui est développée par les artistes : industrialisation, exode rural, urbanisation, expansion des transports, déplacements des frontières, guerres…

L’ensemble de ces œuvres est assez représentatif des traitements photographiques du paysage par les artistes entre 1980 et 2000.

Exposition réalisée avec des élèves du lycée agricole de Mirande.
Projet réalisé avec la collaboration de Joëlle Morineau et Christophe Cuelli, enseignants d’éducation socioculturelle, en partenariat avec le lycée agricole de Mirande, avec les concours de la Dracet de la Draf Midi-Pyrénées.
Œuvres prêtées par le Fonds national d’art contemporain, les Frac Aquitaine, Basse-Normandie et Bretagne, la Collection publique d’art contemporain du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et l’Artothèque de Vitré.