Cheminements, C’est la vie !

Stanislas Amand, Valérie Couteron, René-Jacques, Eric Larrayadieu, Renato de Mello
22.04 > 21.05.2006

© Eric Larrayadieu, 2002

Cette troisième édition de Cheminements se déroule comme les précédentes en Lomagne, mais elle s’étend aussi à Samatan et aux communes du Savès au sud du Pays Portes de Gascogne.

Du 22 avril au 21 mai, elle propose une gamme d’activités ouvertes à tous autour d’un parcours de six expositions sur le thème de la vie au travail et du cadre de vie. La diversité des activités permet de réunir différents publics : habitants des villages environnants, randonneurs, familles citadines en promenade, amateurs d’art contemporain et de photographie. Cheminements s’adresse également aux élèves des établissements scolaires du territoire, qui pourront visiter les expositions, rencontrer les artistes et participer à des ateliers de production d’images. Des jeunes de Samatan et des communes du Savès réaliseront un roman-photo avec Éric Larrayadieu.

Cheminements s’inscrit dans le projet culturel de la charte du Pays Portes de Gascogne, avec la volonté de sensibiliser les habitants du territoire à la photographie, et de réunir le plus large public autour d’actions artistiques et culturelles de qualité.

Cheminements est organisé par le Centre de photographie de Lectoure en collaboration avec l’association Camin’art, l’association pour le développement culturel en Lomagne, Ciné 32 et le Foyer rural de Samatan, en partenariat avec le Pays Portes de Gascogne, les communes d’Avezan, Fleurance, Lectoure, Miradoux, Samatan, les communes du Savès, la communauté de communes Cœur de Lomagne, la médiathèque de Samatan, l’Office de tourisme de Saint-Clar. Remerciements : galerie Françoise Paviot, galerie Polaris, Patrice Cournot (château d’Avezan), le groupe Karoutcho, Lucie Bottega, Cécile Azzola (stagiaire). Cheminements a été réalisé grâce au concours du Conseil régional Midi-Pyrénées, du Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement.Projet soutenu par l’Union Européenne dans le cadre du programme Leader +.


Stanislas Amand – Journal d’un monde en construction
à Lectoure

Stanislas Amand, Journal d’un monde en construction, 2006

Invité en résidence par la Fondation d’entreprise Espace Écureuil et le Centre de photographie de Lectoure, Stanislas Amanda mené un travail de réflexion sur l’environnement quotidien et son évolution récente. L’artiste a observé, enquêté, dans l’agglomération toulousaine, puis au sein du milieu rural du Pays Portes de Gascogne. Les archives photographiques des habitants l’ont aidé à mettre en relation des phénomènes récurrents et à s’interroger sur leurs conséquences : le rôle de la route, l’utilisation de la voiture, l’envie d’une maison individuelle…

Le fruit de cette enquête fait l’objet de l’exposition présentée au Centre de photographie de Lectoure dans le cadre de Cheminements. Trois étapes en jalonnent le parcours : on entend d’abord l’artiste brésilien Renato Bezerra de Mello lire Petite prose périurbaine, un texte composé par Stanislas Amand.
Le Journal d’un monde en construction se présente ensuite comme la maquette d’un journal fictif, assemblage de très courts textes et de photos tirées d’albums de famille apportés par les participants.
Enfin, dans la troisième salle, sont exposés des Videostills capturés par l’artiste lors de ses pérégrinations entre Toulouse et Lectoure.

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Résidence en partenariat avec la Fondation d’entreprise Espace Écureuil. Exposition produite par le Centre de photographie de Lectoure.


Valérie Couteron – Industries
à Avezan

Valérie Couteron, Conserverie Gendreau, Saint-Gilles-Croix-de-Vie : Olivier Lafrogne, ouvrier en fabrication (approvisionnement ligne emboîtage), 2002

“C’est en 1998 que j’ai commencé à m’intéresser au milieu industriel.
Pour mes premières images, j’ai tout d’abord choisi l’usine Saint-Gobain, à Chalon-sur-Saône, dans laquelle mon grand-père avait travaillé.
Ces images en noir et blanc étaient concentrées sur le travail des gens, leurs gestes et leurs rapports aux machines. C’était aussi des images d’ambiance où l’individu se fondait et se confondait avec son milieu.
Ensuite, j’ai eu l’occasion de visiter de nombreux sites, aux productions diverses, aux effectifs variables : l’usine Citroën à Aulnay-sous-Bois, Hénaff près de Quimper, Dim à Autun… Et c’est toujours avec le même intérêt que j’ai approché ce monde ouvrier. J’ai regardé tous ces hommes et ces femmes sur leurs postes de travail. Ils m’ont raconté leurs journées et parfois, un peu de leur vie.
Ces gens se plaignaient rarement de leurs conditions. Ils me parlaient
de l’habitude qui prenait le dessus. Ils me confiaient également cette peur de se retrouver un jour licenciés.
Après de nombreux reportages en usine, je me suis demandé quelle était la meilleure façon de raconter leur univers. Un jour, j’ai décidé de choisir le portrait, le face à face.
J’ai demandé aux ouvriers de quitter leur poste pour passer quelques instants avec moi. À l’abri des regards et face à l’appareil photographique.
Isolés, privés de leur fonction habituelle, tous ces personnages se sont retrouvés désarmés et terriblement humains. Les moments partagés n’en furent que plus intenses.
Et j’ai eu la sensation de rendre visibles des personnes invisibles.”

Exposition produite par le Centre de photographie de Lectoure avec le concours du Ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement.


René-Jacques Au boulot !
à Saint-Clar

René-Jacques, Hagondange : aciéries S.A.F.E. – Renault. Courtesy galerie Françoise Paviot

L’exposition présente une sélection des photos de René-Jacques issues de ses reportages industriels comme celui de la campagne de promotion prestigieuse qu’il réalise pour la Régie nationale des usines Renault en 1951. Images de travailleurs en action – artisans, commerçants, ouvriers, mineurs, petits métiers… –, mais aussi vues de la grande industrie : aciéries, chaînes de montage d’automobiles…, les photos de René-Jacques font revivre un univers alors à son apogée, des années trente aux années soixante, avant les bouleversements qui le métamorphoseront dans les décennies suivantes.

René-Jacques a défini très tôt les caractéristiques de son style : rigueur, mesure, et respect du sujet. Photographe cultivé, technicien hors pair, il a pendant près de quarante ans répondu à tous les types de commandes : architecture, industrie, paysages. Des publications régulières dans les numéros spéciaux d’Arts et Métiers graphiques, des revues internationales comme US CameraHarper’s BazaarPhotography ou Fortune, lui ont assuré progressivement une réputation de professionnel dont la disponibilité d’esprit se fondait sur une technique sans faille.
Sa carrière se partagera entre portraits, reportages, photographie industrielle ou de plateau. Il prendra également part à de nombreuses expositions, seul ou en groupe, en France et à l’étranger. En 1938, il exprime sa passion pour la littérature en illustrant Envoûtements de Paris de Francis Carco, La Seine à Paris de T’Serstevens et La Mer est un Pays Secret d’Édouard Peisson. Après la guerre, il répond avec le professionnalisme qui le caractérise aux demandes les plus diverses des maisons d’édition.

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Exposition réalisée avec le concours de la galerie Françoise Paviot (Paris).


Eric Larrayadieu – « Quelle vie » – Une toute petite partie du monde
à Miradoux

Éric Larrayadieu, Jours incertains, Courtesy Galerie Polaris

Éric Larrayadieu présente conjointement une exposition et un livre, fruit de plusieurs semaines passées dans des villages du Val de Nièvre, dans la Somme, en 2002.
Entre reportage et démarche personnelle, la série Quelle vie rend compte de la vie de village, autant qu’elle s’en démarque. Le choix des cadrages, les zones d’ombres, les flous écartent autant qu’ils attirent l’attention. Les sujets photographiés sont laissés de côté au profit de la captation d’une atmosphère, d’un moment particulier.
Tout est donné, mais tout reste à démêler. Il faut s’approcher pour appréhender la globalité de la scène. Il faut glisser d’un personnage à l’autre, d’un objet à l’autre, pour comprendre ce qui est en jeu et ce qui a été mis en scène. […]
Un petit bouquet de muguet sur la table d’un banquet cache derrière lui une fête communale pour le troisième âge. Des rideaux cachent autant qu’ils laissent entrevoir, comme à travers le trou d’une serrure, la piste d’un stade d’athlétisme. Ce n’est pas un jeu de cache-cache, il n’y a pas de malice, mais juste le souci de présenter un monde où le spectateur peut apporter une voix au récit qui se construit devant lui. […]

Le titre Quelle vie, une toute petite partie du monde, indique le mode de lecture à adopter, et la démarche du photographe. Cadrer le réel, c’est en même temps exclure tout le reste.
À l’opposé d’un constat sociologique, à l’inverse d’un simple document photographique, Quelle vie est une série de proximité qui tient son sujet à distance pour mieux s’y intéresser, pour mieux le capturer dans un instant qui est par nature intraduisible et évanescent.
Pierre-Évariste Douaire

Jours incertains
à Samatan

Réalisé dans les années 90, Jours incertains est un travail documentaire au long cours, mené pendant plusieurs années à Paris, en Ile-de-France et dans le nord sur les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté (sept millions en France à l’époque, combien aujourd’hui ?). Éric Larrayadieu redonne un visage à cette population occultée, il fait exister des histoires que les statistiques finissent par effacer. Ses photos prennent le contre-pied des clichés habituels sur la pauvreté. Délaissant l’aspect spectaculaire de la détresse, Éric Larrayadieu est à l’affût des instants où le simple plaisir d’exister suffit parfois à balayer les incertitudes du futur immédiat.
Éric Larrayadieu, extrait de Quelle vie, éd. La Forge, 2003 et de Jours incertains, éd. Le Point du Jour, 1997. Courtesy galerie Polaris

“On apprend à l’école qu’une frontière passe entre deux pays. Elle peut aussi séparer deux mondes. La ligne elle-même est infinitésimale, impalpable. Ce qui importe est son franchissement. On peut naître, ou tomber, dans le bon camp (ou le mauvais). Et, selon le côté à partir duquel on procède, franchir la frontière dans le mauvais sens (ou le bon).
On peut être au bord du chômage ou très près de trouver un emploi, au bordde la solitude et à trois mois du mariage, au bord du bonheur ou à deux pas du malheur. L’un ou l’autre destin tient souvent à un rien car nous sommes, comme on dit, peu de choses.
Le spectateur aura compris que Jours incertains ne s’intéresse en vérité ni à la pauvreté ni à la misère – poncifs de la photographie depuis son origine – mais précisément, et plus justement, à cette ligne de bascule qu’est l’incertitude.
On ignore si ses sujets vont la franchir et dans quel sens. Mais on sait qu’ils sont attachés à la vie, en dépit d’une désagrégation patente du tissu social qui place beaucoup d’entre eux à la marge, à la limite.
Ici le ciel n’est pas forcément sombre, l’horizon reste ouvert. Simplement sa teinte est… incertaine.
Ainsi le désarroi de Jours incertains concerne-t-il autant les sujets, les tableaux, que les spectateurs qui n’y verront nul scandale et n’en tireront aucune morale. Ces instantanés invitent seulement à réfléchir. Sur le social. Sur la pratique de la photographie.”
Edgar Roskis

ericlarrayadieu.com
galeriepolaris.com


Renato Bezzera de Mello – Déambulation
à Lectoure

Renato Bezzera de Mello, A cópia da cópia da cópia, 2006

Après une maîtrise en architecture et urbanisme, Renato Bezerra de Mello a été admis à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier d’Annette Messager.

“Son travail, investigation poétique de souvenirs réels et imaginaires, explore les mythologies individuelles. Il collectionne les mots, les images et les objets, les manipule pour mieux se les approprier. Comme un fabricant de souvenirs, il saisit des moments-clefs qui mènent à une histoire, la sienne, celle de sa famille, celle de la société brésilienne. […] Il peuple ses œuvres de réminiscences, tisse une mémoire fictive où se mêlent rêve et réalité. Ses carnets s’inspirent des secrets enfouis de son intimité familiale, sans jamais chercher à faire ni refaire l’histoire. Ses œuvres reposent sur le désir de montrer sans montrer, de dire sans dire. […] Il offre au spectateur des indices pour décoder ses signes et ses messages mais le laisse acteur du sens de l’œuvre, en le renvoyant à sa propre expérience, jouant sur la confrontation entre mémoire personnelle et conscience collective. Renato Bezerra de Mello est également sensible à la question de la mémoire du Brésil ; en travaillant sur ses souvenirs, il cherche à pousser son pays à réhabiliter certains pans dissimulés de son histoire.
Ses œuvres sont liées les unes aux autres, chacune naît de la précédente. Rien n’est perdu. Il exploite les chutes de ses travaux antérieurs, nourrissant une parenté d’intention, un fil conducteur.”
Laure Phélip

Dans Déambulation, l’exposition qu’il présente à Lectoure, une multitude d’objets, bouts de carbone, blocs de papier, cartes postales envahissent l’espace de textes et de dessins, comme autant de traces visuelles et sonores d’occupants imaginaires de cette maison qui fut habitée pendant des siècles. Il est donc question du cadre de vie, comme dans l’exposition de Stanislas Amand, mais sous un autre angle.
En voisins de palier, les deux artistes s’invitent mutuellement : Renato de Mello dit un texte de Stanislas Amand dans l’exposition de ce dernier et réciproquement.

renatobezerrademello.com
Exposition produite par le Centre de photographie de Lectoure.


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