La vie rurale 2011

Raymond Depardon, Frédéric Nauczyciel, Jacques Damez
19.01 > 17.03.2013

Frédéric Nauczyciel, Gisèle, 2010 © Frédéric Nauczyciel

Inaugurant les nouveaux locaux du Centre de photographie, l’exposition La vie rurale présente trois approches photographiques du monde rural.
Avec des points de vue différents, Raymond Depardon, Frédéric Nauczyciel et Jacques Damez mettent en évidence les rapports particuliers au temps qui rythme la vie à la campagne. Marqué par ses origines paysannes, Raymond Depardon (La terre des paysans) a photographié, quinze années durant, le rude quotidien d’agriculteurs dont la disparition semble inéluctable. Les portraits de Frédéric Nauczyciel (Le temps devant) révèlent une forme d’acceptation, une relation au temps qui passe perceptibles dans la vie rurale. Les deux démarches ont en commun d’être construites sur la qualité de la relation créée par le photographe avec les personnes photographiées. En contrechamp, Paysage au vent d’autan, de Jacques Damez, présente les états du paysage produits au fil des saisons par les travaux agricoles. Cette œuvre est l’une des premières commandes du Centre de photographie. Dans l’exposition inaugurale des nouveaux locaux, elle est aussi un rappel du travail accompli en plus de vingt ans d’activité.

Expositions réalisées avec le soutien du Centre national des arts plastiques et du Conseil général de l’Ariège et de la Fondation de la Maison de la chasse et de la nature.


Raymond Depardon

Raymond Depardon est né en 1942 à Villefranche-sur-Saône.
Autant photographe, que réalisateur, journaliste ou scénariste, il prend ses premiers clichés à 12 ans, dans la ferme familiale du Garet. Apprenti chez un photographe-opticien de Villefranche-sur-Saône, il part pour Paris en 1958, puis rejoint l’agence Dalmas à Paris en 1960 en tant que journaliste. En 1966, il co-fonde l’agence Gamma.
Parallèlement à sa carrière de photographe, il commence dès 1963 à tourner des documentaires, notamment sur la politique avec un documentaire en 1974 sur la campagne électorale de Valéry Giscard d’Estaing, dont la diffusion fut interdite par le Président. Depuis, il a réalisé de nombreux films, portant son regard humaniste aussi bien au Tchad que sur un asile psychiatrique, aux urgences, dans les palais de justice ou sur les problèmes du monde paysan dont il est issu. En 1978, il rejoint l’agence Magnum et continue son travail de reportage jusqu’à la publication de Notes en 1979 et Correspondance new-yorkaise en 1981. En 1984, il prend part à la mission photographique de la DATAR, dont l’objectif est de “représenter le paysage français des années 1980”.
Tout en poursuivant sa carrière cinématographique, il reçoit en 1991 le Grand Prix national de la photographie, ses films gagnent aussi en reconnaissance : en 1995 Flagrants Délits, sur le système de la justice française, a reçu un César du meilleur documentaire, et en 1998, il entreprend sa trilogie Profils paysans, consacrée au monde rural français.
En 2006, il a été invité en tant que directeur artistique aux Rencontres internationales d’Arles.
Que ce soit dans ses photographies, ses films ou ses livres, il s’intéresse tout particulièrement au territoire français, ses régions, ses pays, comme en témoigne son exposition actuelle à la BNF : La France de Raymond Depardon.
Un des traits caractéristique de son œuvre photographique est la revendication de la subjectivité du photographe et de sa volonté de photographier des “temps morts”, ce en quoi il se détache de l’école du reportage humaniste européenne de Cartier-Bresson et se rapproche de l’école américaine et des photographes tels que Walker Evans et Robert Frank.

La terre des paysans

Les photos exposées à Lectoure ont été réalisées au début des années 90 dans les fermes de moyenne montagne du Massif Central. Par la suite, Raymond Depardon reviendra à plusieurs reprises photographier ces fermes et leurs habitants. Le projet trouvera son aboutissement avec la trilogie cinématographique Profils paysans tournée dans ces mêmes lieux entre 2000 et 2008.
En centrant son travail sur les fermes de moyenne montagne, Depardon s’intéresseà la frange la plus fragile, la plus menacée, du monde agricole, en s’attachant à saisir ce qui est en train de disparaître.

Profils paysans, la trilogie

La projection à Lectoure, au cinéma le Sénéchal, de la trilogie Profils paysans accompagne cette exposition. Raymond Depardon a suivi pendant dix ans des paysans de moyenne montagne. Il nous fait entrer dans leurs fermes et entendre leur parole.
“J’ai passé mon enfance dans une ferme et j’ai mis du temps à prendre conscience de cette réalité même si j’ai quitté cette ferme très tôt, à l’âge de 16 ans. Comme beaucoup de gens dans les années 60, j’ai un peu fui ce milieu par complexe, quelque fois même par honte. Ensuite, s’est installé tout doucement un phénomène inverse : j’étais fier d’être né dans une ferme. Mais je n’arrivais pas à faire un film sur ce sujet-là. Il a fallu que je fasse un grand détour, le tour du monde en quelque sorte, pour oser filmer les paysans.” Raymond Depardon


Frédéric Nauczyciel

Frédéric Nauczyciel est né en 1968 à Paris, où il vit et travaille.
Il est diplômé d’un Magistère de Finance et d’un DEUG de Japonais. Administrateur de danse contemporaine et de théâtre, il découvre la force de la photographie par l’usage d’un Polaroïd et en fait sa pratique après avoir vu l’exposition Anthropologie Involontaire à l’Hôtel de Sully et la rétrospective Philip-Lorca diCorcia au Centre national de la photographie en 2003.
Sa démarche est nourrie par la peinture, la photographie américaine (héritée de sa collaboration avec le chorégraphe américain Andy DeGroat) et le cinéma qui a nourri son adolescence en lointaine banlieue avec les diffusions tardives de films à la télévision. C’est en réalisant une première image rejouée dans l’instant à New York dans un café de Little Italy qu’il renoue avec l’expérience partagée du Polaroïd tout en affirmant une forme cinématographique.
En 2007–2008, il est lauréat d’une Carte Jeune Génération Culturesfrance et d’une résidence à l’Institut français de Barcelone pour Demeure Intime (Stockholm, Paris, Barcelone). En 2008, il expose au festival d’Avignon trois tirages monumentaux issus d’une commande sur le Public qui donnera lieu en 2009 à une résidence à l’École Régionale d’Art de Besançon et au Centre de Photographie d’Île-de-France pour l’exposition Ceux qui nous regardent.
Ses projets actuels, Paris is Burning et Welcome To Reality Park interrogent le genre, les représentations du corps masculin et la culture populaire, pour développer des séries d’images avec des adolescents ou des groupes d’hommes. Il collabore régulièrement avec l’anthropologue Eric Chauvier, l’écrivaine Anne Brunswic et les performers Elise Ladoué et Aragorn Boulanger.
Sa série Demeure intime, exposée en 2009 à l’Été photographique de Lectoure à la Maison Saint Louis, est présentée au Musée Denys Puech de Rodez jusqu’au 23 janvier 2011.
Il est lauréat en 2011 de la Villa Médicis Hors les Murs de Culturesfrance pour les États-Unis.

Le temps devant

En résidence en 2010 au Centre de photographie, Frédéric Nauczyciel a réalisé des portraits liés à des rencontres d’hommes et de femmes engagés, selon lui, dans la vie rurale.

“Le temps devant, c’est une relation particulière au temps qui passe perceptible dans le monde rural, l’expression d’un anachronisme. Non pas l’anachronisme de la survivance d’un monde appelé à disparaître, mais celui d’une utopie encore de ce monde. En les questionnant sur la féminité, les hommes et les femmes que j’ai rencontrés m’ont parlé de leur relation au temps, à la terre, à l’autre, au Saint-Esprit, aux traditions…
Comme souvent dans mon travail il s’agit d’un va-et-vient entre réalité, autobiographie et fiction, ce que j’appelle “la part intime du réel”, pour dégager une ligne de force avant de me réapproprier la valeur documentaire de l’image que nous produisons ensemble. Ainsi, au fil du temps, s’est construit un ensemble de huit à neuf photographies, le cycle d’une vie, où hommes et femmes, laïques ou religieux, prennent leurs habits pour évoquer leur manière d’être au monde.” Frédéric Nauczyciel, octobre 2010.

Exposition produite par le Centre de photographie de Lectoure, avec le soutien du Conseil général de l’Ariège et de la Fondation de la Maison de la chasse et de la nature. Présentée du 9 avril au 28 août 2011 pour l’inauguration du Palais des évêques de Saint-Lizier et au Musée de la chasse et de la nature à Paris du 25 septembre au 30 décembre 2012, dans le cadre du Mois de la photo à Paris.


Jacques Damez

Jacques Damez est né en 1959 ; il vit à Lyon.
Depuis 1980, sa réflexion et son œuvre sur le temps photographique sont dominées par la réalisation de séries et de séquences. Ses intérêts esthétiques se partagent entre le paysage et le corps.
Au début des années 80, il ouvre la galerie Le Réverbère avec Catherine Dérioz pour promouvoir la photographie. Trente ans plus tard, l’aventure continue : toujours photographe, toujours galeriste, toujours avec Catherine. Il est l’auteur d’un essai traitant de l’importance de la photographie dans l’œuvre de Hans Hartung sous le titre de Hans Hartung photographe, la légende d’une œuvre, qui au départ fut un diplôme à l’EHESS (2001). Plusieurs livres de photographies jalonnent son parcours : Contraintes par corps, La 25e heure, l’autoportrait inaccessible, Paysages au vent d’Autan, Vues de l’esprit et Jardin en coulisse. Jardin en coulisse, Tombées des nues… et deux tomes de Mémoires en mutation – Lyon La Confluence. Ils sont la trace de projets, de cheminements, de réflexions où se fixent quelques silences arrêtés.

Paysage au vent d’autan

Jacques Damez a fait confiance au vent et au cadastre pour montrer l’évolution des paysages du Gers. Michel Guerrin, Le Monde, 20 avril 1993.

D’avril 1991 à avril 1992, Jacques Damez est venu à six reprises photographier treize points de vue de la campagne des environs de Lectoure, reproduisant à chaque fois exactement les mêmes cadrages. Exposé pour la première fois dans le cadre de l’Eté photographique 1992, Paysage au vent d’autan a été acquis par le Musée de Lectoure.

“Il y a mille et une manières de photographier un paysage. Celle choisie par Jacques Damez est certainement la plus “photographique” et la plus “typique” à la région. La plus “photographique”, parce qu’il a choisi de repérer dans la campagne autour de Lectoure, des lieux, selon des critères qui ne doivent rien au goût, au pittoresque, mais tout à un ordre géométrique, caché, invisible et pourtant signalé. Ces Sites, sont ceux, désignés par 13 points géodésiques, également répartis autour de la ville. […]
La plus “typique” parce que le travail du photographe s’est soumis à une direction dominante de ce paysage, celle du vent d’Autan. […]
Il y a aussi tout ce qui peut arriver, ailleurs, entre les choses, tous les instants changeants ce cheminement, saisonnier, entre les 13 lieux : le photographe a “noté” ces Images de rencontre, impromptues, toujours inattendues, mais qui ont des traits intimes, des liens très circonstanciels avec la photographie des Sites. […]
Pour lier plus encore la fonction poétique et la fonction documentaire dans ces paysages de Lectoure, d’autres images, en couleurs, Palette des saisons, viendront “témoigner” des lieux et de leurs nuances saisonnières.” Jean-Pierre Nouhaud


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