L’été photographique de Lectoure : les expositions

L’édition 2023
Les rendez-vous

À la maison de Saint-Louis / Centre d’art et de photographie

À l’emblématique Maison de Saint-Louis, l’exposition célèbre une des grandes figures de la photographie humaniste européenne, Lisetta Carmi, décédée il y a désormais un an. Moins connues du grand public, ses photographies en noir et blanc de l’Italie rurale des années 1960 et 1970 offrent un témoignage plein de compassion de ces territoires et communautés marginalisés par la pauvreté.

Lisetta Carmi, Sardegna, Orgosolo, La corsa dei cavalli, 1964 © Martini & Ronchetti Courtoisie Archivio Lisetta Carmi, Gênes
Lisetta Carmi, Sardegna, Orgosolo, La corsa dei cavalli, 1964 © Martini & Ronchetti, Courtoisie Archivio Lisetta Carmi, Gênes.

Mémoire d’un monde oublié

L’exposition présentée au Centre d’art et de photographie est dédiée à ses séries moins connues sur les zones rurales italiennes, qui cumulent alors de nombreuses difficultés économiques et sociales, tel l’exode de ces territoires et la persistance de conditions de vie archaïques. De 1965 à son abandon définitif de la photographie en 1978, Carmi séjourne à plusieurs reprises en Sardaigne, en Lombardie, en Sicile et dans les Pouilles. Elle dresse les portraits précieux de communautés rurales résilientes, gardiennes de traditions et de folklores dont ses photographies en noir et blanc préservent la mémoire. 
Damarice Amao

Les œuvres présentées sont prêtées par la galerie Martini & Ronchetti / archives Lisetta Carmi, Gênes, Italie. 
L’exposition est produite avec le soutien du laboratoire Photon, Toulouse.

Lisetta Carmi

Lisetta Carmi débute la photographie dans un contexte de tensions politiques et sociales qui marque l’Italie de l’Après-Seconde guerre mondiale.  Sa première expérience photographique se déroule en 1960 à l’occasion d’un séjour dans les Pouilles aux côtés de l’ethnomusicologue Leo Levi qui étudie les chants de communautés juives de la région. Carmi en revient avec une centaine de clichés prometteurs qui confirment son désir de devenir photographe. 

Bénéficiant d’une reconnaissance rapide, elle développe, pendant sa courte carrière de 18 années, une approche engagée et humaniste caractéristique de l’époque, invoquant son désir impérieux de se confronter aux réalités du monde. « Ho fotografato per capire » (J’ai photographié pour comprendre), confie-t-elle, vers la fin de sa vie.


Aux Voûtes du Maréchal

Dans les Voûtes du Maréchal Lannes, l’installation immersive proposée par l’artiste Nicolas Tubéry poursuit le fil d’une réflexion sur l’état du monde rural contemporain et les enjeux auxquels sont confrontés ses divers acteurs.

Exposition de Nicolas Tubéry à l’ancien tribunal, L’été photographique de Lectoure 2019.
Exposition de Nicolas Tubéry à l’ancien tribunal, L’été photographique de Lectoure 2019.

Vivre la terre

Depuis plusieurs années, l’artiste Nicolas Tubéry pose son regard sur le monde rural dont il est lui-même issu. Son attention se porte sur la vie quotidienne de ceux et celles qui travaillent la terre et pratiquent l’élevage, en particulier leurs gestes de labeur qui contribuent à façonner nos paysages.  

Composée de sculptures d’acier, de matières sonore et filmique, ces installations plongent les visiteurs dans ce qu’il désigne lui-même comme des « chorégraphies de l’effort ». Ces dispositifs aux points de vue éclatés ouvrent ainsi des fenêtres sur des réalités souvent insoupçonnées de ces milieux paysan et agricole en mutation.  

Invités à investir l’ancien tribunal lors de l’édition 2019 du festival, Nicolas Tubéry revient deux ans plus tard dans le cadre d’une résidence de recherche et de création pour laquelle Lectoure et les territoires alentours deviennent ses nouveaux terrains d’investigation. Au cours de ces mois de recherche, Nicolas Tubéry a rencontré et filmé divers acteurs du monde rural local, en conventionnels ou en bio. Pour clore son séjour, il organise au Centre d’art et de photographie un tournage de près de 7 heures lors duquel il recueille divers témoignages sur la manière de vivre (de) la terre sur le territoire. Ces prises de paroles spontanées et singulières composent la matière de l’installation pensée par l’artiste pour l’espace des Voûtes du Maréchal.
Damarice Amao

Nicolas Tubéry

Né en 1982 à Carcassonne, Nicolas Tubéry vient d’un milieu agricole et une partie de son travail est influencé par le paysage naturel et social de l’Aude, sa région natale et plus globalement par le monde paysan, les motifs et usages qui le caractérisent. Ses œuvres captent des instants de vie, des lieux, des savoir-faire et des gestes en relation à des pratiques agricoles et paysagères qui vont de l’élagage à l’élevage paysan en passant par le travail du sol sans labour en agriculture paysanne. La dimension manutentionnaire du travail l’intéresse particulièrement. Il imagine et construit des dispositifs de monstration composés de structures métalliques, qui rappellent certains dispositifs agricoles, dans lesquelles sont inscrites les projections de ses vidéos. 

Il a récemment exposé au Transpalette à Bourges, au Domaine de Chamarande et à la Maison des arts Claude et Georges Pompidou à Cajarc. Ses œuvres sont présentes dans plusieurs collections publiques en France.

Site de l’artiste


Au Jardin de la Piscine

Bains de soleil décontractés, séances de natation, retrouvailles familiales, amicales ou amoureuses autour du bassin, rêveries en plein air, plongeons acrobatiques, compétitions de sports nautiques, ou encore explorations inspirées par l’eau ; les clichés photographiques présentés dans cette exposition saisissent l’importance de ces moments suspendus à la piscine dans l’imaginaire collectif du début du XXème siècle. Un second volet de l’exposition retrace l’histoire de la piscine municipale de Lectoure depuis sa construction, achevée en 1966, témoignant grâce à une sélection de photos souvenirs de la continuité de cet imaginaire jusqu’à nos jours.

André Steiner, Sans titre, 1932-1933 - Courtoisie Les Douches la galerie, Paris
André Steiner, Sans titre, 1932-1933 – Courtoisie Les Douches la galerie, Paris

Piscine, nouvelle utopie

Artisans de la Nouvelle Vision, Pierre Boucher, Jean Moral et André Steiner sont des figures de cette photographie expérimentale des années 1920, issue du Bauhaus et portée par les promesses techniques de la société́ industrielle. Cherchant à démultiplier les possibilités du medium, cette connivence de pensée chez ces artistes se retrouve dans leurs images exaltant les joies et la liberté de la vie en plein air dans les années 1930. Inspirées de même par la beauté des corps qui se découvrent, leurs différentes prises de vue à la piscine montrent tour à tour les corps sculpturaux de plongeurs, muscles tendus, comme en apesanteur, et ceux de nageuses évoluant sous l’eau, leurs corps exposés apparaissant ainsi soumis aux déformations visuelles, aux remous et aux reflets formés à la surface de l’eau par leurs déplacements.

Témoignage fascinant d’un moment de grande effervescence socioculturelle, ces photographies mettent en avant un lieu de mixité où se côtoient aussi bien hommes, femmes et enfants, ouvriers, bourgeois et artistes. Malgré les tensions politiques et économiques de l’époque, la piscine représentait un véritable symbole de modernité et de progrès ainsi qu’un lieu de détente et de distraction, démontrant ainsi la force de la culture des loisirs en France.
Athina Perrin

Les photographies exposées font partie des collections du musée Nicéphore Niépce, de Jean-Louis Boucher, de Brigitte Planté, d’Éric Rémy (Les Douches la galerie, Paris) et des archives Perriand. 

La seconde partie de l’exposition est produite avec le soutien de l’association pour la sauvegarde de la piscine panoramique de Lectoure. Les photographies exposées font partie des archives familiales d’Elisabeth Lust, de Jean François Buffet et de Bernard Albinet.

Pierre Boucher

1908, Paris, France – 2000, Faremoutiers, France.
Après des études à l’École des Arts Appliqués à l’Industrie entre 1922 et 1925, Pierre Boucher entre en stage chez l’imprimeur-éditeur Draeger en 1926 et collabore au magazine américain The Spur. Il est ensuite employé à l’atelier de dessin du Printemps, puis chez l’éditeur Claude Tolmer. Il rejoint le studio créé par René Zuber et ils participent tous deux à la fondation de l’agence Alliance Photo avec Maria Eisner en 1934.
Pierre Boucher accomplit dès lors de nombreuses missions documentaires dans les pays méditerranéens. Photographe du réel, curieux des procédés de surimpression, de la prise de vue en infrarouge et du montage, il reste toujours proche de l’édition, de la mise en page et des projets collectifs et est par ailleurs omniprésent dans les expositions et les publications des années 1930.

Jean Moral

1906, Marchienne, France – 1999, Lausanne, Suisse.
En 1925 Jean Moral quitte la Hongrie et s’installe à Paris chez son ami Fabien Loris et débute la photographie en autodidacte. Il est embauché en tant que graphiste puis photographe au sein de l’atelier publicitaire de Claude Tolmer de 1928 à 1932. Il expérimente pendant cette période des techniques d’avant-garde photographique et fréquente notamment Alexey Brodovitch, Pierre Boucher et Pierre Verger. Il découvre en 1929 les plages de Lacanau en Gironde où il photographie Juliette Bastide qu’il épousera en 1931.
En 1934, il devient le photographe de mode contractuel du magazine Harper’s Bazaar. Cette collaboration durera jusqu’en 1952.

André Steiner

1901, Székesfehérvar, Hongrie – 1978, Paris, France.
Les expérimentations techniques et plastiques d’André Steiner en font un parfait représentant de la Nouvelle Vision des années 1930. Il explore les ressorts du médium photographique pour mieux questionner le réel et sa représentation ; il joue avec les formes et le mouvement ; ses anamorphoses, distorsions, photomontages, photogrammes, ses épreuves solarisées sont le fruit d’une curiosité mise au service de la photo dès ses études viennoises dans les années 20. Arrivé en France en 1927, ses clichés sont régulièrement publiés dans la presse. De formation scientifique, il deviendra en 1962 conseiller en matière de prise de vues dans l’investigation médicale et l’expérimentation industrielle.


À la Cerisaie

Lieu emblématique de Lectoure et du festival, la Cerisaie apparaît de manière émouvante dans les photographies de l’un des pionniers de la photographie couleur au XIXème siècle, Louis Ducos du Hauron. C’est à ce dernier que l’exposition de l’artiste Hanako Murakami rend symboliquement hommage.

Hanako Murakami, Louis Daguerre à Nicéphore Niépce, 3 février 1828. Courtoisie galerie Jean-Kenta Gauthier, Paris
© Hanako Murakami, Louis Daguerre à Nicéphore Niépce, 3 février 1828. Courtoisie galerie Jean-Kenta Gauthier, Paris.

Inventer et rêver la photographie

Artiste et archéologue des pratiques analogiques de la photographie, Hanako Murakami dessine à travers ses œuvres récentes un imaginaire sensible des débuts du médium, né dans la première partie du XIXème siècle. S’intéressant au contexte d’apparition de cette invention tant d’un point de vue technologique qu’historique, Murakami étudie et réactive des procédés anciens qu’elle transforme et détourne pour interroger ce qui constitue notre regard moderne et notre soif d’images. 

Elle cherche plus particulièrement à saisir la manière dont l’idée de photographie a pu émerger dans l’esprit des premiers acteurs tel Nicéphore Niepce et Jacques-Louis Daguerre, inventeur du daguerréotype, mais aussi Louis Ducos du Hauron, à l’origine du procédé couleur intitulée trichromie, mis au point à Lectoure, et à qui l’exposition et le festival rend également hommage. 

Ainsi, aux silences de l’histoire et aux manques de sources matérielles, Murakami oppose une approche spéculative. Elle invente des scénarios fictionnels qui invitent le spectateur à appréhender les imaginaires de la photographie des premiers temps selon des modalités diverses : olfactive avec l’Air de l’image inspiré du potentiel parfum du laboratoire de Niepce ; conceptuelle à travers une nomenclature recensant les noms envisagés pour désigner la photographie couleur ; ou encore sculpturale et lumineuse avec le néon Du désir du voir, extrait d’une lettre de Daguerre à Niepce ; et enfin purement photographique avec Champs des possibles, déclinant divers procédés mis au point par Niepce avec plus ou moins de succès. 

Ces œuvres présentées à la Cerisaie composent une déambulation sensorielle et poétique nous faisant revivre l’époque mythique des pionniers. Une sorte de pause au milieu de l’hyper-technologie actuelle et du flux continu des images numériques.
Damarice Amao

Hanako Murakami

Née en 1984 à Tokyo au Japon, Hanako Murakami obtient une licence en littérature à l’université de Tokyo en 2007 et un master à l’université des arts de Tokyo, département des nouveaux médias, en 2009. Elle poursuit ses études au Fresnoy – Studio national d’art contemporain. Son travail est alimenté par des recherches approfondies sur les médias historiques, tels que les techniques photographiques alternatives et l’impression typographique. Ses œuvres produisent des situations dans lesquelles s’entremêlent vérité et fiction, faits historiques et hypothèses contemporaines.

Site de l’artiste


Hommage à Louis Ducos du Hauron

« (…)  forcer le soleil à peindre avec des couleurs toutes faites qu’on lui présente », Louis Ducos du Hauron, Les couleurs en photographie : solution du problème, Paris, Marion,1869, p. 5 

Louis-Arthur Ducos du Hauron est né le 8 décembre 1837 à Langon (Gironde). Il vécut successivement à Libourne, Pau, Agen, Tonneins, puis à Auch où son père décéda en 1863. À partir de cette date, célibataire, il suivit toujours son frère Alcide Ducos du Hauron, magistrat – mais également poète, peintre et dessinateur – dans ses différents lieux d’affectation professionnelle : à Agen dès 1864 et à Lectoure entre avril 1868 et décembre 1869. 

C’est le 23 novembre 1868, à la sous-préfecture de Lectoure, que l’inventeur dépose le premier brevet sur la photographie des couleurs, Les couleurs en photographie, solution du problème. Il y décrit des procédés trichromes permettant notamment, à partir de trois négatifs d’un même sujet (obtenus séparément, l’un derrière un filtre bleu-violet, le second derrière un filtre rouge-orangé, le troisième derrière un filtre vert), la réalisation, par synthèse soustractive, de tirages multiples, opaques ou transparents, d’une stabilité telle qu’ils pouvaient être observés et conservés à la lumière.

Esprit visionnaire, très prolifique, mais néanmoins méthodique et opiniâtre, Ducos du Hauron fut sans doute l’un des plus grands chercheurs utopistes de son temps. Il multiplia les inventions dans de nombreux domaines : la photographie des couleurs (dès 1862), la reproduction de dessins et de gravures par la photographie (1867), la photographie animée (1864), son périscope dit « canne œil de géant » permettant de voir et de photographier au-dessus de la foule (1903), ou bien encore sa « cigarette indéroulable » (1864) et son « moteur-girouette ou moulin à vent horizontal » (1869).

Chevalier de la Légion d’honneur en 1912, Ducos du Hauron termine cependant sa vie dans des conditions difficiles et dans un certain dénuement : largement oublié, voyant ses travaux fondamentaux insuffisamment reconnus mais profitant à d’autres, il fut recueilli en août 1914 par sa belle-sœur, Marie-Césarine de Fourcauld, veuve Alcide Ducos du Hauron, au Temple-sur-Lot, puis à Agen. Il mourut en cette ville le 31 août 1920. 

D’après les recherches et publications de Joël Petitjean, docteur en histoire de l’art et chercheur spécialisé en photographie ancienne. 


À l’école Bladé

L’école Bladé accueille trois projets abordant les notions de mémoire, d’absence et de spiritualité ainsi que le rôle joué par la photographie pour appréhender des réalités invisibles, difficilement perceptibles mais néanmoins constitutives de nos identités ou de nos existences.

Stéphanie Solinas, L'Inexpliqué,Les Hommes forêt#055 ©Stéphanie Solinas
Stéphanie Solinas, L’Inexpliqué, Les Hommes forêt #055 ©Stéphanie Solinas.

Sonder l’Inexpliqué

Stéphanie Solinas conduit des enquêtes artistiques au long cours interrogeant ce qui fonde notre identité que ce soit dans ces manifestations tangibles mais également plus imperceptibles. La photographie est au cœur de sa démarche minutieuse en tant qu’instrument mais également comme objet dont elle interroge la prétendue objectivité. 

Depuis plusieurs années, l’artiste se penche plus particulièrement sur la part invisible de nos identités : la génétique, la mémoire intergénérationnelle, la conscience ou encore la spiritualité. Ce cycle de recherche l’a d’abord mené en Islande pour y étudier les croyances elfiques puis aux Etats-Unis sur les traces du New Age, et enfin en Italie pour le volet de L’Inexpliqué. Solinas y a notamment consulté les archives du Vatican afin de se documenter sur les conditions de reconnaissance des miracles. Le miracle étant pour reprendre ses mots “le point de contact direct dans la religion catholique entre science et foi ”. 

Comme pour ces précédents projets, elle a consulté des spécialistes et de simples croyants mais a aussi testé les sources matérielles par elle-même. Ainsi, pour la série photographique des Revenants présentés à l’école Bladé, Solinas a obtenu l’autorisation d’utiliser la chambre photographique conservée au musée Nicéphore Nièpce  de la carmélite Thérèse de Lisieux :  Photographier avec l’appareil d’une sainte permet-il de mieux saisir les manifestations divines? 

Aux côtés de Revenants, les autres œuvres présentés à l’école Bladé sont autant d’invitation à l’endroit du visiteur à “ penser le visible et l’invisible comme deux réalités entremêlées et à (faire] place à ce qu’il y a d’immatériel au cœur du tangible”, comme le résume l’écrivaine Hélène Giannechini à propos du travail de l’artiste.
Damarice Amao

Stéphanie Solinas

Formée à la photographie à l’ENS Louis Lumière, docteure en Arts, elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome et du Headlands Center for the Arts à San Francisco. Son travail a reçu le prix Camera Clara, le prix SCAM de l’Oeuvre Expérimentale, le prix Edouard Barbe, les bourses Étant Donnés de l’Institut Français, de la Fondation des Artistes, du CNC. Elle a été professeure de photographie à l’École des beaux-arts de Rouen/Le Havre et à l’Institut de Science Politique de Paris. Elle a publié les livres Dominique Lambert, Sans titre, M.Bertillon, Déserteurs, Guide du Pourquoi Pas ? et Le soleil ni la mort.

Stéphanie Solinas développe une œuvre plurielle, à la croisée de la photographie, du livre et de l’installation. Explorant la pensée à l’oeuvre dans l’opération même de « voir », et le tissage du visible et de l’invisible, du rationnel et de la croyance, de la dynamique entre soi et l’autre, qui forme les identités, son champ d’investigation s’étend du XIXème au XXIème siècle, de la naissance de la photographie à l’intelligence artificielle. Son travail est présent dans de nombreuses collections privées et publiques.

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L’identité collective, la mémoire et la transmission sont au centre des recherches de l’artiste béninoise Sènami Donoumassou. À travers ses installations composées de dessins, d’objets, de photographies ou encore de son, elle sonde et réactive de manière sensible des imaginaires notamment spirituels, peu accessibles à des non-initiés mais néanmoins constitutifs de l’identité des cultures ancestrales du Bénin convoquées par l’artiste dans son travail. 

Sénami Donoumassou, Agenùvǐ-hwelinú, série Akɔ mlă mlă, 2022 © Sénami Donoumassou
Sènami Donoumassou, Agenùvǐ-hwelinú, série Akɔ mlă mlă, 2022 © Sènami Donoumassou.

Restaurer la mémoire

Avec les séries Akɔ mlă mlă et Fà gbésisà présentées à Lectoure, Sènami Donoumassou s’intéresse plus précisément à la mémoire des langues, à la littérature orale – contes et panégyriques entre autres, actuellement en perte de vitesse au sein des jeunes générations béninoises, et plus généralement africaines. Nourrie par de longues recherches menées auprès de spécialistes et d’anciens, elle s’efforce de transmettre la richesse de ces cultures orales, et explicite ainsi le caractère fondamental de son entreprise : “ Nos langues sont nos mémoires. Elles sont les clés d’ouverture de nos traditions. Par la parole, elles nous ouvrent l’univers d’un monde passé où nous retrouvons nos origines.”  

Sènami Donoumassou œuvre à la sauvegarde de cette culture immatérielle en lui donnant corps au moyen de la photographie. Son approche du médium se situe toutefois loin de la démarche ethnographique occidentale ou de la collecte documentaire classique. Au contraire, elle assume une dimension sensible et poétique de sa quête, retrouvant dans le travail intuitif et secret en chambre noire la possibilité de régénérer cet univers culturel qui lui est cher, grâce à l’écriture de la lumière.
Damarice Amao

L’exposition est produite avec le soutien du laboratoire Photon, Toulouse.

Sènami Donoumassou

Artiste visuelle basée au Bénin, Sènami Donoumassou explore les notions d’identité, d’héritage et d’histoire en filigrane de sa pratique artistique. Elle expérimente, à travers ses créations, oscillant entre photogrammes, installations protéiformes et dessins, l’envergure des potentialités techniques et poétiques de la lumière. Elle obtient en 2018 une bourse de résidence de création au Fresnoy, Studio national des arts contemporains. L’artiste y explore pour la première fois le photogramme tant pour ses dimensions métaphoriques, plastiques, qu’esthétiques. Ce nouveau souffle apporte à Sènami Donoumassou sa première exposition solo, Chimie des traces, à l’institut Français de Cotonou en 2019. En 2022, elle présente un nouveau projet autour de la mémoire des langues et des traditions orales, avec l’exposition Xógbé à Le Centre (Abomey-Calavi). En juillet 2022, elle est lauréate de la première édition du Prix James Barnor pour la photographie africaine. En 2023, Sènami Donoumassou participe au programme de résidence Trame de la Cité Internationale des Arts à Paris.

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Histoire des Tirailleurs Sénégalais

Madeleine Lacapère aux côtés d’un tirailleur, 1918, archives de la famille Lust
Madeleine Lacapère aux côtés d’un tirailleur, 1918, archives de la famille Lust.

À la veille de l’Armistice mettant fin à la Première guerre mondiale, Lectoure accueille pendant plusieurs mois un bataillon de tirailleurs sénégalais, qui comme nombreux de leurs pairs, ont été réquisitionnés à partir 1914 pour se battre auprès des troupes métropolitaines. Ces soldats viennent en effet de diverses régions africaines de l’Empire coloniale français : les actuels Côte d’Ivoire, Sénégal, Congo, Bénin, entre autres. 

Alors situé sur le versant sud de la ville, le camp militaire de Lectoure devait offrir de précieux moments de repos sous un climat jugé plus clément pour ces hommes. L’hiver 1918-1919 se révèle finalement très rude, les plongeant dans un certain dénuement causé par le froid, la maladie et la faim. 73 de ces tirailleurs de passage ne survivent pas à ces conditions difficiles et sont inhumés au nord-ouest de la ville, sans que l’on ne sache rien d’eux, de leur vie, leurs aspirations, hormis leur état-civil et lieu de naissance, inscrits sur les stèles surplombant leurs tombes respectives.  

Outre le rôle joué par les congrégations religieuses, celui de certaines marraines de guerre illustre l’élan de compassion qui traverse une partie de la société lectouroise de l’époque. Le portrait de Madeleine Lacapère  en compagnie d’un de ses filleuls prénommé “Mamadou”, offre une rare représentation de ces liens singuliers développés à Lectoure, durant la guerre. 

Dans le cadre du festival, les visiteurs sont invités à se saisir et à échanger autour de sources et documents iconographiques d’époque aujourd’hui disponibles pour transmettre et renouveler la mémoire historique de ces tirailleurs de passage à Lectoure.

L’exposition a été réalisée avec le concours de Carole Perrin-Lavaret, des archives de la ville de Lectoure (Marjorie Lahierle), des archives départementales du Gers (Pascal Geneste et son équipe), de Georges Courtès, d’Emmanuel Courtès, de Godelieve Lust, du Général Boss, de l’Union des travailleurs sénégalais de France, de l’association France Casamance Lectoure, de Mme Mazères, de Gérard Duclos et Pénélope Le Fers.


À la Halle aux grains

Au cœur de la ville, la Halle aux grains est un lieu emblématique d’accueil, notamment celui des  réfugiés de Saint-Louis en Alsace lors de la Seconde guerre mondiale. L’espace propose une entrée dans l’histoire du festival à travers une de ces expositions emblématiques, Dégel Parfum, et ses archives couvrant plus de 30 ans d’activités.

Regards sur L’été photographique (1990 – 2022)

Pensée comme le cœur symbolique de cette édition de L’été photographique, l’espace de la Halle aux grains revient sur la place et le rôle du festival de Lectoure, désormais âgé de 34 ans. Issue d’un travail mémoriel collectif, une traversée des archives pour la plupart inédites est proposée au public. Celui-ci est invité à découvrir ou redécouvrir les temps forts du festival et à considérer la place grandissante prise par celui-ci ainsi que par la photographie dans l’identité culturelle de la ville. Il faut dire que le virus de la photographie a touché Lectoure dès la moitié du XIXème siècle avec la figure de Louis Ducos du Hauron qui y mit au point la trichromie, l’un des premiers procédés couleur de l’histoire du medium. 

C’est d’ailleurs sous les bons auspices de cet illustre inventeur, auquel le festival rend hommage cette année, que les photographes Gérald Minkoff et Muriel Olesen réalisent le projet Dégel Parfum. Première exposition du festival présenté à la Halle aux grains en 1990, cette déambulation photographique en noir et blanc, entre le Gers et la Russie, pose un regard sensible et poétique sur deux réalités contrastées.
Damarice Amao

L’exposition a été réalisée avec le concours de François Saint Pierre, de Jean-Luc Fruchard et de toutes celles et ceux qui ont bien voulu partager leurs images et souvenirs de L’été photographique, artistes, bénévoles, stagiaires, partenaires et équipes… 


Dégel Parfum – Gérald Minkoff et Muriel Olesen

Gérald Minkoff et Muriel Olesen, Dégel Parfum, 1990 - Collection Centre d'art et de photographie de Lectoure
Gérald Minkoff et Muriel Olesen, Dégel Parfum, 1990 – Collection Centre d’art et de photographie de Lectoure

Originaires de Genève, Muriel Olesen et Gérald Minkoff poursuivent une œuvre artistique à deux voix dans le champ de la vidéo, du dessin et de la photographie, depuis le début de leur rencontre amoureuse en 1967 jusqu’à leur décès respectif dans les années 2000. 

Ils ramènent de leurs séjours à travers le monde, des images prises côte à côte, sorte de journaux de voyage témoignant de la complémentarité de leurs impressions photographiques individuelles.  

Leur série Les météorites d’amour est emblématique de cette joute amoureuse des regards : à l’issue de chaque nuit passé dans un nouveau lit au cours de leurs divers périples, ils rassemblent en une boule informe leurs draps rassemblant le secret de leur nuit, et qu’ils photographient tour à tour. 

Fruit d’une double résidence en ex-URSS et dans le Gers, le projet Dégel Parfum conduit Minkoff et Olesen entre Leningrad et Moscou à l’hiver 1989-1990 puis au printemps qui suit, à Lectoure et ses alentours : “Dégel, au nord. La neige qui fond, tombe, alourdit les chaussures, fond, un fleuve qui pousse ses glaces en débâcle, (…] Parfum, au sud. Le ruissellement ensoleillé d’une main qui sort de l’eau pour déposer sur le bord de la piscine un papillon de nuit (…]” décrit ainsi Minkoff. 

Le duo saisit alors en noir et blanc des images vibrantes de paysages et d’instants mystérieux, dans un esprit dénué de tout pittoresque. Ces contrastes de territoires et de regards sont rassemblés à la Halle aux grains lors de la première édition de L’été photographique en 1990 mais également dans un ouvrage éponyme accompagné de quatrains de Michel Butor, soulignant la portée poétique de leur déambulation photographique à la dérive.
Damarice Amao


En soutien au festival photo d’Odessa, aujourd’hui empêché en raison de la guerre en Ukraine, L’été photographique expose les travaux de trois photographes de ce pays. 

Elena Subach, série Meteorite Berdychiv, 2018 © Elena Subach
Elena Subach, série Meteorite Berdychiv, 2018 © Elena Subach

« Stand With Ukraine » avec Alex Blanco, Maxim Dondyuk et Elena Subach – Un programme du réseau Diagonal

« Le réseau Diagonal et ses 27 membres soutiennent le festival Odesa Photo Days et lancent en 2022 une série d’expositions et d’événements mettant à l’honneur la scène photographique ukrainienne. Depuis sa création, le réseau s’engage à faire société, être le relais de la parole de toutes et tous. Aujourd’hui, nous souhaitons nous mobiliser auprès des artistes, photographes et des opérateurs culturels ukrainiens et ukrainiennes, en imaginant collectivement des espaces de pensée libre et de soutien.

La situation est impensable et nous savons nombreux et nombreuses les photographes engagés sur place, résistant avec leur arme qui consiste à faire des images et à documenter la réalité. Pour défendre les valeurs de démocratie, de liberté d’expression et de paix, le réseau Diagonal, ses membres et en partenariat avec Kateryna Radchenko, fondatrice et directrice du festival Odesa Photo Days, proposent ensemble un cycle d’expositions et de rencontres mettant à l’honneur, dès le mois de mai 2022 et jusque fin 2023, la scène artistique et photographique ukrainienne. ».

En soutien au festival Odesa Photo Days dont les activités ont été interrompues par la guerre en Ukraine, L’été photographique de Lectoure a souhaité manifester sa solidarité en participant au programme « Stand with Ukraine » , mené par le réseau Diagonal dont il est membre. Trois photographes sont ainsi invités à la Halle aux grains : Alex Blanco, Maxym Dondyuk et Elena Subach qui, à travers des langages singuliers – paysages documentaires ou mise en scène – nous parlent de la complexité de la société ukrainienne avant le déclenchement de la guerre de 2022.

Cette initiative s’inscrit dans l’histoire du festival de Lectoure qui depuis sa création dans les lendemains immédiats de la chute du mur de Berlin, porte une attention continue aux scènes artistiques et photographiques de l’Europe de l’Est – Pologne, République Tchèque ou encore Lituanie –, alors en pleine mutation. 

« Stand with Ukraine » est un programme d’événements et d’expositions initié par le réseau Diagonal et ses membres en association avec le festival Odesa Photo Days en soutien à la création photographique ukrainienne. Ce programme est rendu possible grâce au soutien du ministère de la Culture, partenaire principal, de l’Institut français, de la SAIF et de l’ADAGP.

Alex Blanco

Née en 1998 à Odessa, Alex Blanco vit et travaille aux Pays-Bas. Elle présente sa série Meat, Fish & Aubergine Caviar lors de l’édition 2021 du Odesa Photo Days festival. Dans cette ville côtière, où l’abondance est quasiment un mode de vie, l’artiste a grandi entre une mère narcissique à l’extrême et un père alcoolique et dépressif. En 2016, son père tombe malade et une nouvelle forme de dialogue s’installe entre eux trois : l’image. Intime et parfois dérangeante, la série d’Alex Blanco questionne le rapport au corps, la vieillesse et livre crûment un état des lieux de sa relation avec ses parents.

Maxim Dondyuk

Né en 1983 à Slavouta, Maxim Dondyuk vit et travaille à Kiev. Photographe documentaire, il part dans le Donbass en 2014 pour documenter les conflits entre l’Ukraine et la Russie. Il passe deux semaines avec un groupe armé pro-russe puis deux semaines aux côtés de l’armée ukrainienne. Pendant les périodes plus calmes, il photographie les paysages désolés du Donbass et les accompagne des textes de Lao Tseu, c’est le début de sa série Between Life and Death. En 2017, il y retourne et explore les paysages silencieux et ravagés qui étaient alors des champs de bataille. Aujourd’hui, Maxim Dondyuk est photographe de guerre “malgré lui”. Ses photographies sont publiées dans The New Yorker ou encore le Times. En 2022, il est lauréat du prix Polka du photographe de l’année et du prix W. Eugene Smith. 

Elena Subach

Née en 1980 à Tchervonorhad, Elena Subach commence sa carrière en tant que designer textile à Kiev. Ce n’est qu’en 2012 qu’elle commence à s’intéresser à la photographie. Celle-ci devient alors un médium pour faire parler des réalités dissimulées et les magnifier. Sa série, Meteorite Berdychiv présentée au Odesa Photo Days festival en 2021, évoque un monde dans l’attente de ce qui va le bouleverser. Une météorite peut-être ?

Plus d’informations sur le programme « Stand with Ukraine »


Aux allées Montmorency

Aux allées Montmorency, lieu de promenade parmi les plus appréciés de la ville, Marguerite Bornhauser propose une déambulation visuelle à travers son univers chromatique et poétique.

Marguerite Borhnauser, When Black is Burned ©Marguerite Borhnauser
Marguerite Borhnauser, When Black is Burned ©Marguerite Borhnauser

When Black is Burned

Marguerite Bornhauser a trouvé dans la couleur son mode d’expression privilégié pour faire état du monde qui l’entoure. De Plastics Colors à Red Harvest en passant par When Black is Burned dont une partie est présentée aux allées Montmorency, l’un des plus beaux points de vue de Lectoure, chacune de ses séries est l’occasion d’expérimenter et de pousser les limites des procédés photographiques couleur jusqu’à la saturation, qu’ils soient purement argentiques ou les produits de manipulations numériques ; que l’artiste baigne ses tirages dans l’eau ou leur donne une forme plus sculpturale, comme dans ses plus récents travaux.  

En véritable néo-pictorialiste ou plus certainement dans le sillage des expérimentateurs  de la photo couleur émergeant à partir des années 1970, Marguerite Bornhauser assume ainsi l’hybridité de ses images nées d’un patient processus de création intuitif et sensible. Elle s’inspire de la peinture, mais également de la littérature et souvent de la musique, à l’image de When Black is Burned, inspiré d’un morceau du chanteur folk Neil Young. 

Pas de sens immédiat dans ses images de rêves éveillés, même si chacune d’entre elles – détails de corps à la troublante indolence, objets et plantes saturés de lumière, fragments de paysage plongés dans des filtres chromatiques presque surnaturels – recèlent un potentiel narratif évident que confirme son goût pour les associations d’images qu’elle réactive au sein de ses projets de livres. Le travail de Marguerite Bornhauser invite avant tout à une restauration des plaisirs de la contemplation et de l’éblouissement visuel face au spectacle du réel.

Marguerite Bornhauser

Photographe plasticienne, Marguerite Bornhauser, née en 1989, vit et travaille à Paris. Après des études de lettres et de journalisme, elle intègre l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles d’où elle sort diplômée en 2015. Sa première exposition institutionnelle personnelle se tient à la Maison Européenne de la photographie en 2019. Son travail est représenté au Portugal par Carlos Carvalho, en Suisse et aux Pays-bas par Bildhale et a fait l’objet de diverses expositions dans des musées, galeries et festivals dans le monde : en France et dans le monde. Marguerite Bornhauser accompagne le plus souvent sa recherche photographique d’un travail éditorial. Son premier livre, Plastic Colors, est édité en 2017. Elle publie 8 en 2018 et Red Harvest en 2019 aux éditions Poursuite puis Marguerite Bornhauser, Percevoir aux éditions de La Martinière en 2021. La sortie de When Black is Burned est prévue avec Simple Éditions en septembre 2023.

Site de l’artiste