L’été photographique de Lectoure : les expositions

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À la maison de Saint-Louis / Centre d’art et de photographie

Le bâtiment qui accueille depuis 2010 le Centre d’art et de photographie servait auparavant d’aumônerie au Couvent de la Providence. Les religieuses de la Providence vendent le bâtiment de l’aumônerie à la ville de Saint-Louis (Haut-Rhin, Alsace), avec laquelle la ville de Lectoure est jumelée depuis 1981. La maison est inaugurée le 5 septembre 1999 à l’occasion du soixantième anniversaire de l’évacuation des habitants de Saint-Louis à Lectoure.

Yamamoto Masao

A box of Ku, #741 © Yamamoto Masao / Courtesy Galerie Camera Obscura, Paris / Galeria Valid Foto, Barcelona

Actif depuis le début des années 1990, le photographe japonais Yamamoto Masao est l’auteur de plusieurs ensembles photographiques qui regroupent des milliers de tirages de petites dimensions, certains ne mesurant guère plus qu’un timbre-poste. L’artiste, qui développe lui-même ses images, les teinte au moment du tirage, leur donnant souvent un aspect sépia qui rappelle la photographie ancienne. Le format réduit des tirages renforce encore davantage le rapport à la photographie familiale ou amateur, comme si on se trouvait en présence de clichés extraits d’albums anciens.

Dans ses publications comme dans ses expositions, l’artiste fait le choix de compositions complexes pour montrer simultanément un grand nombre de photographies. Ce système d’images juxtaposées malgré leurs différences de sujets permet, par le biais d’un étalement sur la surface du mur ou de la page du livre, de laisser les spectateur·ices tisser elleux-mêmes des liens entre les photographies. Artificiellement vieillies par des virages, parfois volontairement abîmées sur les bords et les angles, ses images donnent l’illusion du passage du temps, créant un sentiment d’intimité avec celui ou celle qui les regarde, encore accentué par le recours au petit format qui oblige à s’approcher pour bien voir les scènes représentées. Yamamoto Masao privilégie dans ses photographies les vues de paysages, les motifs naturels et les scènes qui pourraient être tirées du quotidien, mettant ainsi en avant une certaine beauté de l’instant, à la poésie indéniable.

À la Cerisaie

Juchée sur la pointe des remparts sud de la ville de Lectoure, la Cerisaie comprend un jardin et une petite maison attenante. Sa dénomination est liée à sa création : c’est un dramaturge de passage à Lectoure qui a déposé de la terre provenant du jardin de Tchékhov à cet endroit. On y planta ensuite des cerisiers. La maison actuelle qui accueille les expositions du festival en été est un vestige d’une tour plus imposante. Elle était probablement celle du fontainier et était habitée jusque dans les années 1970.

Brune Pâris
Les Heures

Astrance, 2025 © Brune Pâris

À la Halle aux grains

Édifice bâtit entre 1842 et 1846, la halle aux grains flanquée de quatre tours a été construite sur les décombres de la précédente halle détruite par un incendie en 1840 et qui accueillait les boucheries de la ville de Lectoure. De style néo-classique, la nouvelle halle plus moderne fut propice au développement des échanges commerciaux. La halle aux grains est, depuis les années 1960, devenue salle polyvalente et accueille différentes manifestations de la ville dont le festival de l’été.

Terrains propices

L’exposition à La Halle aux grains est une exposition collective sur la question du paysage, à partir d’œuvres d’artistes développant des visions personnelles et intimes du paysage.

Léonie Pondevie

Un point bleu pâle © Léonie Pondevie

La série Un point bleu pâle de Léonie Pondevie rassemble des images en lien avec l’histoire de son père, qui réalise des relevés météorologiques depuis qu’il est enfant. Pendant des décennies, il note sur des cahiers les températures, les précipitations, l’état du ciel. C’est aussi une histoire plus générale de l’évolution du climat depuis une cinquantaine d’années qui se dessine, car avec le temps ces relevés sont devenus une observation du déréglement climatique en cours, qui s’accentue davantage d’année en année.

Le titre de la série renvoie directement à la photographie Pale Blue Dot montrant la planète Terre, prise par la sonde Voyager 1 le 14 février 1990 à une distance de plus de six milliards de kilomètres. Cette image, qui symbolise aujourd’hui une prise de conscience globale de la fragilité de notre planète et de notre existence dans l’univers, est associée à l’histoire familiale de l’artiste, intimement liée à l’observation du dérèglement du climat terrestre. Par le biais de photographies mêlées à des documents rassemblés par son père au cours de sa vie (relevés météorologiques, coupures de presse, archives familiales), l’artiste propose une ode poétique à l’observation et à la lenteur des nuages, comme une invitation à reconsidérer notre place sur Terre.

Jonàs Forchini

Un apprentissage du trouble © Jonàs Forchini

Depuis Louis Boutan qui réalise la première photographie sous l’eau en 1893 à l’aide d’une chambre photographique étanche à Banyuls-sur-Mer jusqu’à Luis Marden, en passant par Jean Painlevé, Jonàs Forchini s’inscrit dans une longue histoire de la photographie sous-marine. À partir de 2018, il a commencé un travail centré sur les questions environnementales en milieu main, associant plongée sous-marine et photographie. Sa série intitulée Un apprentissage du trouble rassemble des clichés subaquatiques montrant des paysages dans lesquels le corps et le regard doivent sans cesse s’adapter pour trouver leurs repères, rendant compte de l’opacité de l’espace sous-marin, sur les côtes méditerranéennes et du littoral atlantique.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une difficulté à voir. Par vingt ou quarante mètres de profondeur, les autres sens sont aussi affectés par la différence de densité et de température de l’eau. Loin de gêner, la perte de lumière, l’affadissement des couleurs et le manque de visibilité offrent la possibilité de ce que l’artiste appelle un «apprentissage du trouble», invitant ainsi à voir différemment le monde, notamment l’espace aquatique.

Coline Jourdan

Rivière de l’Orbiel, extrait de Soulever la poussière © Coline Jourdan

Le travail de Coline Jourdan porte depuis plusieurs années sur les conséquences de l’extraction minière, mêlant intérêt pour la perception de la toxicité et manipulations chimiques. Appréhendant les résidus et déchets métalliques à sa disposition, elle met en relation la matière, le paysage et leurs représentations, au sein d’œuvres qui visent à donner corps à l’impact souvent imperceptible et invisible de la pollution dans nos environnements quotidiens. Dans ses différents projets, les manipulations chimiques qu’elle opère sur ses photographies sont un moyen de remettre en question ce qui est montré sur les images, devenant ainsi un processus de création.

Sur le site de l’ancienne mine de Salsigne, près de Carcassonne, elle parcourt les paysages de forêts, photographiant les collines artificielles qui recouvrent les résidus toxiques issus de l’exploitation minière de l’or et de l’arsenic. L’artiste situe son travail autour du paysage à mi-chemin entre violence de la réalité et poésie de l’abstraction et des formes produites.

Lucas Leglise

Vue de la rivière Fuchuo © Lucas Leglise

Lucas Leglise mène depuis plusieurs années une recherche sur la matière même de l’image photograhique et sur ses conditions d’apparition. Ses différents projets visent à rendre visible ce moment particulier où la photographie se révèle, notamment dans les procédés argentiques. Pour réaliser les deux grandes images présentées dans l’exposition, il photographie d’abord le paysage de jour, puis développe ses images directement sur place, au même endroit, quand le jour a décliné. De cette manière, il s’affranchit du laboratoire en tant que lieu circonscrit où traditionnellement les photographies naissent. À la faveur de la nuit, il parvient, dit-il, à « faire du monde un chambre noire ».

L’artiste montre aussi quelques images d’une série inédite, pour laquelle il utilise un appareil dont le système de déclencheur a été inversé. Pour réaliser ses images, le photographe s’allonge sur une plage, la poire du déclencheur serrée dans la main. Au moment où il s’endort et que la pression de sa main se desserre, l’appareil se déclenche, prenant la photographie au moment exact où l’artiste bascule dans le sommeil.

À l’école Bladé

L’école Bladé, est située à l’angle de la rue des Frères Danzas et de la rue Dupouy. L’école des filles fut construite en 1883. Le bâtiment, qui accueille régulièrement les expositions de L’été photographique de Lectoure, faisait partie de l’hôtel Saint-Géry. Les écoliers ont quitté les lieux en janvier 2020 et ce lieu municipal est voué à se transformer en un espace associatif et culturel dans les années à venir.

Aline Bovard
Cherche RADIUMINEUSE

Radiumineuse © Aline Bovard Rudaz

Dans sa série Cherche RADIUMINEUSE, l’artiste Aline Bovard Rudaz s’intéresse à un épisode peu connu de l’histoire suisse contemporaine. Elle est partie sur la trace des radiumineuses, nom donné à certaines ouvrières employées par l’industrie horlogère dans les années 1920 jusqu’en 1963. Elles devaient appliquer au pinceau du radium, matière hautement radioactive, sur le cadran des montres pour qu’elles deviennent phosphorescentes dans le noir. Travaillant généralement à domicile, elles mélangeaient de la poudre avec de la colle pour obtenir une matière semi-liquide, contaminant par la même occasion leur corps et potentiellement celui des autres habitant·es de la maison.

Pendant plusieurs décennies, ces femmes ont appliqué ce mélange radioactif, de manière répétitive et sans aucune protection. L’artiste présente dans l’exposition des images d’archives de ces ouvrières qu’elle a pu trouver au Centre de recherche et de documentation du Jura bernois à Saint-Imier, des reproductions de petites annonces destinées à recruter des radiumineuses, ainsi que des natures mortes – pour certaines phosphorescentes – réalisées à partir d’objet manipulés par ces femmes. La photographie des mains manucurées renvoie par exemple au récit glaçant d’ouvrières qui s’appliquaient du radium sur les ongles pour se faire belles. La série dans son ensemble est un témoignage visuel de l’histoire de ces femmes, invisibilisés et sacrifiées au nom de l’industrie horlogère, qui continue d’apparaître comme l’un des fleurons de la production suisse.

Charles Thiefaine
Chaque jour

Un homme fume une cigarette sur le site archéologique mesopotamien d’Aqar Quf au nord de Bagdad, mai 2025 © Charles Thiefaine

Après avoir travaillé comme photojournaliste sur des zones de conflit, notamment en Irak, Charles Thiefaine opère de profonds changements dans sa pratique à partir de 2018. Il décide de se détourner de l’imagerie courante de la photographie de guerre, qui enferme ces territoires dans la violence et leurs habitant·es dans le rôle de victimes. Délaissant les images chocs et spectaculaires, il choisit dès lors de photographier les scènes du quotidien, quand la vie reprend ses droits.

Dans l’exposition, il présente trois séries, occupant chacune une salle séparée. La série Ala Allah (2015-2023) retranscrit son expérience au sein de la société irakienne. Certaines images révèlent des instants du quotidien auxquels le photographe a participé, d’autres misent sur le hors champ et le hors-temps. Par ses photographies, Charles Thiefaine cherche surtout à rompre avec l’imagerie de la violence à laquelle est sans cesse renvoyé l’Irak, tout en s’efforçant de ne pas théâtraliser l’existence que mènent les individu·es photographié·es. Pour la deuxième série, Marcher avec les dragons (2021-2023), il se rend sur la petite île de Socotra, située dans la mer d’Arabie entre la Somalie et le Yémen, dont elle dépend. Éloignée de la côte, elle sert de refuge à de jeunes Yéménites – principalement des hommes – qui cherchent à échapper à la guerre civile. Les photographies qu’il y prend montrent une routine paisible, faites de promenades, de baignades et de parties de pêche. La dernière série, Aft, a été réalisée lors de plusieurs séjours à bord de l’Ocean Viking, bateau utilisé par SOS Méditerranée pour secourir celles et ceux qui tentent de traverser la mer sur des embarcartions de fortune. Chaque fois, ses portraits nous projettent dans l’intimité de ces personnes tout à la fois ordinaires, désirantes et avides de liberté.