Les expositions de L’Été photographique de Lectoure 2018

L’édition 2018

Les expositions

Les rendez-vous

Informations pratiques

Partenaires

Maison de Saint-Louis, Centre d’art et de photographie

Ancien tribunal

Cerisaie

Halle aux grains

Ancien hôpital

Jours et horaires d’ouverture

Du 14 juillet au 23 septembre 2018

Tous les jours*, de 14h à 19h**
*Fermeture le lundi et le mardi en septembre
**Fermeture de l’ancien tribunal à 18h

Pass 5 euros

Documents disponibles

Dossier de presse
Guide du visiteur
Guide ludique
Dossier pédagogique


Édifice bâtit entre 1842 et 1846, la halle aux grains flanquée de quatre tours a été construite sur les décombres de la précédente halle détruite par un incendie en 1840 et qui accueillait les boucheries de la ville de Lectoure. De style néo-classique la nouvelle halle plus moderne fut propice au développement des échanges commerciaux. La halle aux grains est, depuis les années 1960, devenue polyvalente et accueille différentes manifestations de la ville dont le festival de l’été.


Lectoure 1000 photos avec Bernard Plossu et Serge Tisseron

Lectoure 1000 photos est orchestré par Jacques Barbier, ancien galeriste à Paris et collectionneur à l’origine des éditions Snapshoters de Vanves. Il vit à Lussan (Gers).
Serge Tisseron, psychiatre, psychanalyste et photographe, né en 1948, vit à Paris.
Bernard Plossu, photographe, né en 1945 à Dà Lat (Sud Viêt Nam), vit à la Ciotat.

Bernard Plossu, La Ciotat, 2003 © Bernard Plossu

Pourquoi un vis-à-vis Plossu – Tisseron – anonymes ?
« Il était possible de rechercher les ressemblances, des photographies anonymes qui pourraient être des Plossu, des Plossu qui apparaissent comme des anonymes… Ce jeu n’est pas drôle. Mais ce qui les rapproche – Plossu dit « il y a un air de famille avec ce que je fais » –, c’est la modestie des sujets et des moyens techniques mis en œuvre. Instamatic, appareil-jouets, Kodak populaire, la vie de tous les jours, la famille, les amis, les enfants, les vacances, le je-ne-sais-quoi et le presque rien chers à Vladimir Jankélévitch… Nous avons ici la preuve qu’il n’est ni nécessaire ni suffisant d’avoir recours à des évènements et à des techniques hors du commun pour faire apparaître des chefs-d’œuvre. »
Jacques Barbier

« À la fin de l’année 1994, Bernard Plossu m’a procuré un instamatic. Ce n’était pas encore le téléphone mobile, mais un peu son précurseur, entièrement en plastique, léger, remplaçable. C’était déjà la possibilité de photographier partout. Mais aussi de découvrir des images improbables où les capacités limitées de l’appareil se mêlaient inextricablement au sujet photographié. L’instamatic a une vie propre, sa technologie rudimentaire impose son point de vue, bref on ne sait jamais ce qui va en sortir. Je l’ai utilisé jusqu’à la fin de l’année 1995, date à laquelle il s’enraya. Une année de passion. »
Serge Tisseron

Il y a plus de vingt ans, le Centre d’art et de photographie de Lectoure organisait une exposition et éditait un catalogue aujourd’hui épuisé, Nuage-soleil. Serge Tisseron avait écrit un très beau texte « L’image funambule où la sensation en photographie* ». Il s’agissait pour François Saint-Pierre, alors directeur du centre d’art, d’une lecture nouvelle des photographies de Bernard Plossu, des images faites avec des appareils rudimentaires, des appareils jetables en plastique. C’était aussi le fondement d’une pratique inédite de la photographie pour Plossu, faisant passer la sensation avant l’idée, faisant de la photographie, comme le souligne justement Serge Tisseron, « un objet avant tout émouvant et susceptible de nous émouvoir » et de la marche, de la déambulation une partie prenante du processus de création chez le photographe.

Projet expérimental et non figé, l’exposition de l’Été photographique rassemble des photographies anonymes (sous l’intitulé Lectoure 1000 photos) qui abordent le thème de la fenêtre de la maison familiale en vis-à-vis avec des photographies de Bernard Plossu et de Serge Tisseron. Les photographies sont volontairement présentées posées sur de grandes tables, à l’horizontale, cette disposition rappelant celle du regardeur penché sur l’album de famille. Sur les différentes tables, des photographies anonymes et des photographies de Bernard Plossu et de Serge Tisseron se partagent le même espace. Le « Manifeste pour une École inférieure de la photographie », clef de voûte du projet, complète ce vis-à-vis quelque peu agitateur. L’École inférieure de la photographie a été fondée le 10 juin 2011 à la Ciotat par Serge Tisseron, qui a rédigé le Manifeste, et Bernard Plossu qui lui a donné son titre. Cette mise en relation spatiale laisse apparaître des connexions fortes entre ces images, de nature et de statut apparemment très différents. Il y est question de modestie des sujets, de la photographie comme expérience du sensible plus que de la pensée, d’un art modeste, discret qui valoriserait le banal, le marginal et le méprisé et qui nous invite aussi à questionner la valeur marchande des images. Ce projet d’exposition est une proposition de Jacques Barbier, collectionneur, passionné de photographies anonymes, de photographies orphelines comme il aime les nommer et qui a organisé pendant deux étés consécutifs Lussan 1000 photos à Lussan dans le Gers, un festival consacré à la photographie anonyme, encore appelée photographie vernaculaire.

* Bernard Plossu, Serge Tisseron, Nuage-soleil – L’image funambule ou la sensation photographique, Marval, 1994

Lectoure 1000 photos, Photographie anonyme

Bonella Holloway

Née en 1991 à Londres (Angleterre), vit à Toulouse.

Bonella Holloway, Tapas #8 (Félix), 2016 © Bonella Holloway

L’artiste Bonella Holloway a suivi des études d’art à l’IsdaT à Toulouse. Elle explore les structures de la vie quotidienne, prenant appui sur sa dimension musicale et sonore à travers notamment la création d’œuvres vidéos, des performances dans lesquelles elle développe une attention toute particulière au langage écrit et oral et à la question des langues.
Elle a participé à des résidences à la Casa Rosa à Oaxaca (Mexique) en 2017 et à l’Asile 404 avec Blansen Bones à Marseille en 2016. Elle propose régulièrement des performances ; récemment El Chile à L’INACT à Strasbourg, Bait bait bitten à la Cuisine centre d’art et de design de Nègrepelisse, à IPN et chez Anto à Toulouse, The Hammer in my Head présenté dans le cadre de performances au Générateur à Gentilly en 2017. En 2018, c’est en tant que commissaire qu’elle met en place et organise The Kitchen Strikes back à IPN à Toulouse. Elle a participé à quelques expositions, parmi lesquelles l’exposition personnelle El ruido del Refrigerador à la Casa Rosa à Oaxaca (Mexique) en 2017, deux expositions collectives Madame Orain et la mogette Magique à la Cuisine centre d’art et de design à Nègrepelisse en 2017 et Friendship à la Flux Factory à New-York (États-Unis) en 2016.

« Les instants se capturent mais leurs failles demeurent parfois imperceptibles, parfois jugées inutiles. C’est dans cet interstice que Bonella Holloway explore en continu les structures représentatives du quotidien. De la vidéo à la performance, ses œuvres dissèquent le monde dans un langage acoustique sans condescendance, brut et immédiat.
En puisant dans ses archives familiales ou en filmant le quotidien d’anonymes, l’artiste constitue un corpus de représentation sociale mettant en exergue tout ce qui caractérise le vivant (la nourriture, la sexualité, la communication…) pour élaborer son propre observatoire de l’humanité. Ses installations ou ses œuvres performatives inspectent toutes les frontières de la norme sociale. Les images et les gestes se combinent alors en partitions visuelles pour tendre vers une autre conception de la banalité.
Cette exploration dans la mécanique humaine prend chez Bonella Holloway une force inattendue par le traitement même qu’elle en fait. Son entrée dans le réel s’apprivoise par le mouvement sonore des images. De la répétition à la mise en boucle, l’artiste impulse une tonalité dans les champs des arts visuels. Les œuvres se dévoilent dans une émotion rythmique où la séquence, la fréquence, la lenteur, le silence deviennent une technique de composition plastique à part entière.

Dans ses productions, les artifices de l’image vidéo sont balayés d’un revers de la main pour ne garder qu’une substance élémentaire où se dévoile l’ébranlement des ressentis primaires.

La série de vidéos courtes Tapas engagée depuis 2015 et présentée partiellement pendant l’Été photographique de Lectoure témoigne de cette inversion du rapport à la représentation visuelle. Il s’agit de montage à partir de captations d’actions filmées pour leurs sonorités. Ici les captations du réel ne prennent sens que par la force du son et l’utilisation de la répétition comme principe de construction. La figure courte, immersive donne à voir une nouvelle sonorité de la perception.
En renversant l’ordre établi du « poids des images » véhiculé par notre société boulimique, Bonella Holloway dé-genre notre rapport aux formes habituelles du quotidien. Non sans ironie, l’artiste cultive une certaine absurdité où les non-instants, les faux suspens, l’inutilité des gestes viennent bousculer nos certitudes comportementales pour abolir les frontières des genres visuels / musicaux – populaires / quotidiens. Dans un processus de déphasage des formes visuelles, Bonella Holloway explore les possibilités d’agencements des motifs rythmiques des instants simples de l’existence. »
Karine Mathieu, commissaire d’exposition

Bonella Holloway, Tapas #7 (Lucas), 2016 © Bonella Holloway

www.bonellaholloway.com


documentation céline duval

Née en 1974 à Saint-Germain-en-Laye, vit à Prague (République Tchèque).

documentation céline duval, HORIZONS VI, 2006 – 2009 © documentation céline duval – Courtoise Semiose galerie-éditions

Diplômée de l’École des beaux-arts de Nantes en 1998, documentation céline duval a fait l’objet de nombreuses expositions. Pour les années 2017 et 2016, on peut citer des expositions au musée royal de Mariemont à Morlanwelz (Belgique), à la galerie Semiose à Paris, au CRP Hauts-de-France à Douchy-les-Mines, au Frac Champagne-Ardenne à Reims, au Frac Normandie Rouen à Sotteville-lès-Rouen, à Bubahof et à l’Emblem hotel à Prague (République Tchèque). On trouve ses œuvres dans de nombreuses collections publiques en France. Détachée depuis ses débuts de la notion d’auteure, documentation céline duval a décidé il y a quelques années de tourner la page et de prendre un nouveau chemin de vie.

Pourquoi continuer à prendre des photographies dans un monde rempli, envahi d’images ? Sans hiérarchie entre les lettres, en minuscule, documentation céline duval est l’identité d’artiste que Céline Duval a choisie au milieu des années 90 pour intervenir sur des images existantes imprimées, de la carte postale aux images de magazines en passant par la photographie amateur, extraites d’un corpus : le récit familial. Auteure d’une œuvre prolifique où les éditions prennent une place prépondérante, documentation céline duval s’intéresse à ces images « déjà là » qu’elle a pendant de nombreuses années collectées, agencées, classées selon des typologies précises, retouchées, recadrées, éditées et publiées. C’est ce travail qui consistait en la constitution d’un fond iconographique et en l’exploitation de ce fond sous diverses formes (éditions, magazines, expositions, posters…) qui nous intéresse ici pour l’Été photographique.

Il s’agit d’images qui ont valeur de document, qui constituent de véritables témoignages d’une époque. Elles évoquent différentes manières d’être en relation au monde, des tranches de vie où il est question de l’atemporalité voire de l’uniformité de certaines activités humaines. Il est question d’histoires communes et de mémoire collective.
Elle fait partie de ces artistes que Natacha Détré, dans son mémoire de thèse, appelle les relecteurs d’images ; ces artistes qui font revivre des images, leur donnent une seconde vie. Il se dessine alors chez le visiteur une espèce de sentiment de déjà-vu que la mémoire tente de retrouver à travers ces images. Des analogies formelles et thématiques se créent entre les images qu’elle rassemble, les motifs qu’elle répète, générant une nouvelle approche, lecture. Elle recrée une histoire, un récit où elle accorde une large part à l’illustration des loisirs familiaux. On est ici dans l’ambivalence des images, entre simulacre et représentation.
Le fait d’accorder à ces humbles documents le même statut qu’aux œuvres consacrées de l’histoire de l’art bouscule le statut de l’auteur(e).

L’Été photographique propose aux visiteurs plusieurs œuvres : la revue en 4 images (2015), une édition modeste composée de quatre images en échos les unes aux autres, comme une suite narrative. L’installation vidéo HORIZONS, œuvre augmentée depuis 2006 et constituée de photographies de famille qui défilent en fondu-enchaîné sur une thématique commune, sera également présentée. Les protagonistes posent devant l’horizon marin. Lorsque les images défilent, la ligne d’horizon descend petit à petit, puis une fois en bas, elle remonte tel le ressac. La plupart des spectateurs se projettent dans l’image par le biais des personnes, qui leur offrent un miroir souriant. Mais le véritable enjeu de cette vidéo est la représentation du temps. Une sélection de vidéos les allumeuses (1998 – 2010) sera également présentée ainsi qu’un poster, le batracien (2009), mis à disposition du public.

Avec des prêts du Mrac Occitanie / Pyrénées – Méditerranée à Sérignan et du Frac Haute Normandie à Sotteville-lès-Rouen.

documentation céline duval est représentée par Semiose galerie – éditions à Paris.

documentation céline duval, HORIZONS VI, 2006 – 2009 © documentation céline duval – Courtoise Semiose galerie-éditions

www.doc-cd.net
www.semiose.fr


Annabel Werbrouck

Née en 1977 à Bruxelles (Belgique), vit à Berlin (Allemagne).

Annabel Werbrouck, série Les oubliés, 2016 © Annabel Werbrouck

Annabel Werbrouck a d’abord suivi des études de géographie puis intégré l’École de photographie Agnès Varda à Bruxelles avec le projet de maîtriser les différents spectres de la photographie. Ses premiers travaux sont consacrés aux créations chorégraphiques de la compagnie de danse d’Ici P pour laquelle elle photographie les spectacles. Depuis 2005, son travail photographique a fait l’objet d’expositions au musée de la photographie à Charleroi (Belgique), à la galerie Rature à Liège (Belgique), au musée de la photographie à Bruxelles, à la galerie Fotofabrik à Berlin (Allemagne), à la galerie Annie Gabrielli à Montpellier et à la Conserverie à Metz en 2018. Elle a autoédité récemment un livre relié à la main Écume.

À ses débuts, son travail photographique est axé sur une certaine forme de photographie sociale avec des communautés d’intérêt, socioculturelles et géographiques diverses. Une envie d’aller à la rencontre des gens, de documenter par la photographie la condition humaine et notamment des populations en voie de marginalisation dans leur quotidien. La photographie pour contribuer à créer, maintenir où réactiver des liens sociaux entre les différents groupes qui la composent. La photographie pour matérialiser le rapprochement entre des citoyens que la distance géographique parfois sépare. Elle s’intéresse aux habitants d’une cité de Bruxelles dans la série APPARTenances, aux campings et à ses résidents dans la série Campings résidentiels ou encore aux familles orphelines en Ethiopie.
Suite à un événement marquant – le décès de sa mère –, son travail s’oriente vers une photographie plus intimiste axée sur son histoire personnelle, la mémoire et les souvenirs à travers l’utilisation, entre autres, de photographies anonymes ou vernaculaires qu’elle assemble et l’usage d’appareils polaroïds. Elle construit alors une approche plus instinctive et expérimentale de la photographie, donnant à voir les images parfois floues de l’instantané, des couleurs saturées et granuleuses.
Différents corpus photographiques, une pluralité des sujets qui fondent son histoire personnelle ; mémoire de l’enfance, corps réel et imaginaire, conscient et inconscient, vie quotidienne et vie intime témoignent de ce changement de cap.
L’héritage symbolique d’une famille se trouve « objectivé » dans ce qui est de plus en plus rare de nos jours, les albums de photos de famille, lesquels prodiguent une visibilité à la mémoire familiale. L’utilisation des photographies anciennes débute par la découverte d’anciens albums de familles dans la maison de sa mère.

Elle collecte aussi des photographies anonymes sur des marchés aux puces, des vides-greniers. Les découvrir, les regarder permet d’appréhender et comprendre des mondes. Ces images constituent un accès au passé, témoignent de manières d’être au monde, des images socialement et culturellement marquées par des époques. Les collectionner, se les approprier, commencer à les utiliser, les manipuler, les associer, en découper certains motifs, les déchirer, superposer certaines parties des photographies ou les assembler permet de nouvelles lectures, la création de potentiels récits, de tirer des fils narratifs, d’aller au-delà de ce qu’elles représentent en invoquant mémoire personnelle et collective. Conjurer l’angoisse de l’absence par une autofiction indirecte et subtilement amenée par ces images.

Pendant l’Été photographique, Annabel Werbrouck présente une sélection des images des séries Les oubliés I et II. Sur ces séries, Luc Rabaey évoque « le jeu de superpositions et de découpes qui donne à voir des images manquantes, dont une partie est occultée ou voilée. La matérialité des images est intensifiée par la mise au jour de multiples détails où se lisent l’usure du temps – textures et couleur des papiers, grains, plis, imperfections –, elle offre une seconde vie à ces photographies oubliées et laisse libre cours à notre imagination pour y tisser nos propres histoires ».

www.annabelwerbrouck.be


Régis Perray

Né en 1970 à Nantes, vit à Nantes.

Régis Perray, Le mur des sols, depuis 1995 © Régis Perray – Photographie de l’installation : Jürgen Spiler

Régis Perray est diplômé de l’École des beaux-arts de Nantes. Il a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives ; à l’abbaye de Maubuisson en 2015 – 2016, à la galerie Confluence à Nantes en 2015, récemment au Parvis à Tarbes, au musée Calbet à Grisolles, à la galerie Gourvennec Ogor à Marseille. Son travail est représenté dans plusieurs collections publiques en France (Frac Franche-Comté, musée des beaux-arts de Nantes, Frac Pays de la Loire…).

Régis Perray est un artiste collecteur qui s’est construit une iconographie personnelle et universelle (images de sols, bennes, petits bancs du cimetière de Lublin en Pologne, peintures amateurs, papiers peints, engins de chantier…) intensément reliée à son observation de la vie, du quotidien et à ses rencontres. Attentif aux petites choses, aux objets, aux matériaux qu’il découvre lors de ses pérégrinations, sa pratique est liée à la notion de série et par extension à la question de la collection, propice à une diversité d’aspect d’un même objet. Dans sa pratique, différentes formes de temporalité se mêlent, le temps de la collecte, le temps de l’appropriation, du classement, de l’archivage et enfin celui de la transformation.
Régis Perray travaille avec des lieux qu’il transforme en territoires d’expériences aux multiples strates sociales, historiques, géographiques dont certaines seront révélées au fil des actions menées et des projets. Il est question de corps au travail, de gestes simples et banals, d’actions répétées, d’alternance entre repos et effort, de temps ; le temps nécessaire aux « faires » et à l’échange.
Dans ces lieux découverts à travers des voyages, des invitations à exposer son travail, des résidences artistiques, il enclenche différents types de dialogue et met en place un protocole, un processus de travail, ce qu’il appelle « des petites règles de vie », des rituels qui font de lui ce qu’il est humainement et artistiquement.
Depuis l’époque de ses études aux beaux-arts de Nantes, son travail artistique est intensément lié aux activités humaines, notamment aux activités répétitives, simples, en relation aux sols. Dans certaines vidéos, on le voit entretenir des lieux intérieurs et extérieurs avec des actions qui consistent à déblayer, dépoussiérer, astiquer, balayer, éponger, laver, passer la serpillère. Cela se manifeste par exemple par le ponçage minutieux des différentes lames du parquet de son atelier puis à leur nettoyage une par une, processus qu’il présentera pour son diplôme aux beaux-arts. Parfois il intervient pour redonner un éclat à des espaces du passé, des espaces peu considérés, le sol des églises, les parquets d’une salle municipale. Détermination, endurance, patience constituent des aptitudes essentielles pour un travail artistique où l’art et la vie se confondent.

L’Été photographique présente une sélection de l’œuvre Le mur des sols. Débutée en 1995, c’est une œuvre évolutive, manifeste de sa pratique visuelle, comme une mémoire du monde et de la richesse des sols naturels, des sols de toutes les activités humaines qui synthétise les recherches de l’artiste. C’est, comme le souligne Julie Crenn, « le fruit d’années de recherches iconographiques, durant lesquelles il a rassemblé des cartes postales, des images de presse et des cartes topographiques ». Il s’agit d’une archive personnelle, de documents en lien avec les sols du monde, classés en vingt et un groupes : les sols archéologiques, les sols de morts, les sols d’arts, les sols de paysages, les sols de cartes et plans, les sols de pieds, les sols de convivialité, les sols de planètes, les sols de catastrophes, les sols pollués, les sols de cimetières, les sols religieux et sacrés, les sols de balayages, les sols de routes et voies, les sols de foules, les sols de sports, les sols de guerres, les sols de tapis, les sols de travail, les sols de loisirs. La mémoire des lieux est bien au cœur de son projet artistique.

Régis Perray, Le mur des sols, depuis 1995 © Régis Perray – Photographie de l’installation : Jürgen Spiler

www.regisperray.eu